Prenons le « CafardLand » comme un sorte de monde parallèle très peu éloigné de la réalité et qui regrouperait les spécimens les plus rares d’individus « foutant le bourdon » de par leur vie et ce qu’ils en font. Avouons ensuite que l’apprenti écrivain que je suis, possède à l’évidence une maladie aussi chronique qu’étrange, consistant à rapidement « avoir le cafard » dans des situations diverses et variées. Puis, passons enfin à l’acte en entamant une auto-thérapie qui agira comme un défouloir, à travers le récit d’une journée entière d’un homme, objectivement considéré comme l’autochtone moyen du « CafardLand ». Merci de ne pas applaudir.

7h00. Les meuglements du réveil « vache » de Patrick retentissent dans la maison familiale des Martin. La journée commence par le cérémonieux « petit brin de toilette » quotidien orchestré à la perfection grâce au triptyque : Pétrole Hahn, gant de toilette, serviette rêche. « Frais comme un gardon » Patou poursuit ensuite sa routine matinale en allant réveiller ses fils jumeaux Théo et Lucas puis saluer niaisement « Ponpon » son gros matou et « Bubulle » son insignifiant poisson rouge.

7h30. Préposée au « petit dèj », sa femme Corinne s’active en cuisine pour extraire de son frigo, joliment recouvert de magnets région de France « Père Dodu », les victuailles nécessaires à la bonne tenue du « repas le plus important de la journée ». Marmelade à l’abricot et margarine trônent alors sur la table du salon aux cotés des savoureuses « cracottes Heudebert ». Patrick s’attarde lui à coordonner à la perfection l’autre triptyque « dosette-sucrette-touillette » « in-dis-pen-sa-ble » pour déguster un kawa digne de ce nom devant William Leymergie.

8h00. Vêtu d’un pantalon en velours et d’une chemise rayé recouverte d’un petit gilet en laine gris, Patrick sort du garage le « Picasso » familial dans le but de rallier Sedan, localité où se trouve sa petite PME où il effectue sa besogne de comptable depuis maintenant quinze années. Au volant de son « auto », il n’hésite pas à communiquer son bien être, sifflotant et parfois même poussant la chansonnette sur ses albums préférés de Renan Luce et Emilie Simon.

10h00. Patrick convoque son équipe pour la « réu » mensuelle de la « Team comptabilité ». Au programme : brainstorming, SWOT et benchmark sur les démarches « corporate » à mettre en place au sein du groupe, qui seront retranscrites sur le PB et ajoutées sur le Powerpoint. Complètement « overbookés » et « fulls », les collaborateurs décident très vite de « bloquer » une autre date et d’organiser une confcall « asap » avec les principaux dirigeants de la boite. Un mail avec un « récap » en « pj » et un twitt feront l’affaire pour communiquer ipso facto vers les principaux intéressés.

12h00. L’heure de la pause dèj où Patrick et ses collègues décident de faire une folie en tournant pour une fois le dos à la « cantoche » du bâtiment, pourtant réputée pour ses murs jaunâtres, ses grandes tables scolaires, son self et sa délicieuse cuisine à l’eau. Direction le « Buffalo Grill » pour les camarades, bien content de « faire un break » et de « s’aérer l’esprit » après une matinée « juste surchargée ». L’occasion de « manger léger » et de déguster un bon bifteck accompagné d’Ebly et de salsifis, le tout agrémenté d’une bonne « San Pé » pour se désaltérer en toute quiétude.

15h00. « Petit saut » à la « cafet’ » en compagnie de Magalie, assistante de Patrick qui possède la particularité d’avoir trente ans tout en en paressant cinquante. Ne perdant pas une occasion d’exposer sa vie au grand public, Mag’, I-Phone en main, raconte alors son week-end en montrant fièrement les selfies d’elle et sa « best friend » pris avant de visionner le dernier film de Dany Boon au « cinoche ». Persévérante, elle montrera aussi les photos de sa « méga » bringue du samedi soir ainsi que celles de sa chienne « Pépette » et de son « pti’ bout » Dylan.

17h00. Patrick file à son cours de flûte n’oubliant pas de faire un détour par chez lui pour enregistrer « Slam ». Arrivé à bon port, il retrouve Jean-Paul son ami flutiste à qui il ne manque pas de « claquer » une bise. « Musicot » de la première heure, J-P est aussi un adorateur « des bonnes choses de la vie » et notamment de la nourriture biologique depuis son retour d’Inde, qu’il a traversé sans itinéraire et en solitaire pour découvrir les « vrais gens ». Le cours du jour sera d’ailleurs l’occasion de faire découvrir à Pat’ les bienfaits pour son système immunitaire des graines de courges et de sa nouvelle trouvaille appelé « croq tofu ».

18h00. Sur le chemin du retour, Patrick reçoit, comme tous les lundis à la même heure, un coup de fil de sa tendre mère qui lui conte avec passion le charmant week-end qu’elle a passé chez elle à Guéret. Dix minutes sur « le vent frais » et « le radoucissement des températures » s’ajoutent alors à vingt minutes de monologue faisant la part belle aux emplettes faites au « huit à huit » du coin, à la balade en forêt du dimanche après-midi et surtout à la soirée « jeux » organisé à la salle des fêtes du bourg. Croquet, Skybo, Scrabble, Mastermind et loto… Pas de doutes : « Mamie Paulette » était aux anges.

19h00. Patrick peut enfin « poser un cul » sur « son » fauteuil. Corinne prépare alors un petit apéritif convivial pour fêter sa récente augmentation. De quoi « faire péter » le kir et le Passoa pour trinquer « à la cool » devant son émission favorite : « Mot de passe ». Apéricubes et Tuc viendront ensuite compléter la table basse du salon et ravir ainsi toute la petite famille, au complet devant la « téloche » et Patrick Sabatier.

20h00. Corinne commence à préparer la table pour le souper tandis que Patrick change de chaîne pour ne rien rater du 20h de TF1. Le tableau est le même qu’à l’accoutumée : chacun sa place, sa serviette et son set de table prêt à honorer le repas préparé par maman. Au menu : soupe en entrée, suivi d’endives au jambon servi avec une sauce au navet, Vache qui Rit puis salade de fruit en boite pour le dessert. Soir de fête oblige, Patrick accorde aux enfants un petit écart en les laissant déguster un MisterFrizz chacun.

21h00. La « bataille des programmes » quotidienne est remporté par Patrick qui parvient à négocier la télévision du salon pour regarder le choc du « Lundi Foot Ligue 2 » Auxerre-Dijon enchainé avec une rediffusion d’un match du championnat de France de basket masculin. Corinne suivra elle l’énième rediffusion des « Sous-doués passent le Bac » sur TMC depuis le poste de sa chambre, bouillotte sur le ventre et tasse remplie de verveine dans la main.

23h30. La maison s’endort au rythme des ronflements d’un Patrick, affalé sur le canapé, la bouche grande ouverte. Il se réveillera dans la nuit devant un pêcheur de truite qui le fera bloquer quelques instants. Puis il éteindra la télévision et rejoindra discrètement sa femme qui «déteste qu’il s’endorme devant la télé » sonnant ainsi le glas d’une journée quasi cérémonial, comme il en a existé et en existera beaucoup d’autres.

NB : Par delà ce récit, j’ose défier quiconque de percevoir une quelconque forme d’aigreur, d’insatisfaction chronique ou d’anticonformiste…

Bienvenue à « Cafardland »

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