La culture de l’échec est un art qu’il convient de le façonner jour après jour par bien des aspects. Échouer ce n’est pas simplement rater son train ou tomber en panne d’essence une fois l’an. Nous parlons ici d’un véritable mode de vie, où comment s’habituer à ne jamais rien réussir et à sans cesse cultiver et renouveler ses inspirations. Dans ce marasme prédestiné, la question de la séduction est évidemment « le moteur qui fait marcher la turbine ». « Et n’y a t-il pas milles et une façons d’échouer en amour ? » c’est ce que pense notre homme du jour, pour qui le mot débâcle aurait presque dû être inventé.

Pour éviter toutes poursuites judiciaires, néanmoins peu judicieuses, nous veillerons à laisser le voile sur l’identité des protagonistes que nous nommerons aveuglément Olivier et Mélanie.

Comme un coq en patte, Olive aborde la saison automnale «à trois milles à l’heure », se sentant pousser des ailes par sa récente diète, qui l’incite davantage à croquer la vie plutôt que le reste de la tartiflette de la veille. En bref, comme on dit dans le jargon des « footballeurs gamers » : le bonhomme est en « rouge ».

Confiant comme jamais, le gaillard fonce bille en tête sur l’occasion de mieux connaître Mélanie, l’amie d’une amie d’un ami, rencontrée au détour d’un concert d’un petit groupe qu’on rangerait bien aisément dans la catégorie «chansons festives » sur sa playlist Deezer. En écho aux « musiciens du bonheur », Olivier décide de jouer son refrain du gars « sympa et drôle » sans nullement avoir l’air de faire du gringue à la jeune fille. Une posture évidemment sortie tout droit de la bible de la drague « Le manuel du Doctor Love », et du chapitre 4 sur « La fausse approche désintéressée .

La suite se joue sur le même air , Olivier n’oubliant pas d’ajouter au fur et à mesure des échanges quelques pincées de drague précisément dosées. Sur de son fait, l’apprenti séducteur rend des copies sans fausses notes, allant des faux débats stérilement humoristiques aux légères chamailleries, et voit poindre petit à petit ce fameux « début de complicité » tant recherché. En résumé, pour Olive « ça matche » clairement.

Mais l’étape redoutée et redoutable pointe le bout de son nez. Après une seconde soirée « concert », Olive se dit « qu’il va peut être falloir aller chercher la victoire, prendre le jeu à son compte et cesser de tâtonner dans son camp à attendre ». ( citation tirée des « Métaphores footballistiques », de Matthieu C. aux éditions B.O.F). Tiraillé entre une étrange crédulité et un aplomb insoupçonné, il décide alors d’affronter avec témérité le stade du « quémandage » de numéro.

Demander le numéro d’une manière simple et efficace aurait été trop simple pour notre champion, qui se lance assez fièrement dans une requête se voulant habilement déguisée, via le réseau social facebook. Mais à force de vouloir travestir la réalité, il est parfois difficile de dissocier le vrai du faux, et l’humour du premier degré. Résultat des courses, un premier « fiascounet » plutôt charmant se traduisant par une incompréhension totale de la part de Mélanie. Un joli quiproquo qui donnera lieu à de frustrantes et gênantes tentatives d’explications de la demande masquée qui aboutiront elle même à une requête bien plus directe et donc encore plus incommodante. Du don juan dans le texte.

« Ce qui compte, c’est pas la force des coups que tu donnes, c’est le nombre de coups que tu encaisses tout en continuant d’avancer. ». Rien de tel qu’une bonne vieille citation de Rocky pour reprendre du poil de la bête et ne pas se laisser démonter. Poussé par des amis visionnaires au cours d’un soir de beuverie (« Qu’est ce que t’attends pour lui envoyer un texto connard, elle t’aime bien ça se sent »), il se décide vaillamment à proposer le fameux tête à tête cordiale autour d’un verre. Un texto synonyme de victoire pour Olive, aussi doué en amour que Liane Foly en spectacle d’imitations, et pour qui le plus dur semble être maintenant derrière lui.

L’attente de la réponse commençant à se faire long, Olivier commence à se dire que cette affaire sent davantage le restant de kebab de la veille que l’exquise blanquette de veau du paternel. « C’est normal qu’elle réponde pas tout de suite, sinon ça fait la fille qui est accro, réfléchis ! » lui rétorquera un ami bien plus optimiste que notre broyeur du noir national. Mais finalement bien plus doués en prophéties que ses dits amis, il verra la sanction tombée après une bonne journée d’attente où Mélanie tutoieras le génie grâce au bannissement des préjugés voulant qu’après une journée de marinade cérébrale les excuses sont bien plus subtiles et raffinées.

La confiance laisse alors place au désespoir, teinté tout de même d’une légère pointe de sourire face à l’incongruité du refus de Mélanie, qui nous gratifie ici d’un traditionnel « c’est gentil mais.. » et surtout d’un plus original « le peu de temps que j’ai, je m’occupe de ma chienne » somme toute assez brutale. Très bon lecteur « d’entre-lignes », Olivier ne tarde guère à comprendre l’argument canin comme enrobage d’un refus plus catégorique, encaissant petit à petit l’idée qu’elle préfère la compagnie d’un cabot à la sienne. Délicieux retour aux études.

Pour autant, peux t-on pour autant parler de déconfiture totale quand on se trompe sur toute la ligne comme Olive ? Nous serions tentés de répondre par l’affirmative même si un échec aussi cuisant semble presque plus humoristique qu’accablant. Comme quoi Renaud avait raison : « vouloir trop plaire, c’est le plaisir des moches ! ». Un bon petit retour à la grisaille automnale donc qui prouve que l’ascenseur émotionnel n’est jamais en panne dans l’immeuble de nos compagnons de l’infortune.

Chronique d’un échec amoureux

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2 thoughts on “Chronique d’un échec amoureux

  1. Pauvre Olivier, mais l’écriture est exutoire 😉 qu’il ne désespère pas cpdt, j’imagine qu’au foot comme dans Rocky on dit ‘la Lumière est au bout du tunnel » (hein? Quelle lumière?!)

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