27 ans, l’aube de la trentaine. Lointain est le temps des bringues hebdomadaires où la dépravation des corps était l’unique objectif. Place désormais au raffinement et à la découverte de ces petits plaisirs qui nous font aimer la vie. Idéal aperçu du changement, le « cheese and wine », pratique consistant à déguster gauloisement un panel de fromages et de vins entre amis intimes « à la bonne franquette », sera ici élu à l’unanimité autocratique comme l’illustration la plus formelle de la vie « pré-trentaine ».

A l’évidence, le plus dur sera de se préparer psychologiquement à l’épreuve du basculement vers le dépérissement pour éviter tout syndrome nostalgique ou cafardeux pouvant accoucher d’un «ben mon pt’i père t’as pris dix ans dans la vue en une soirée ». Entourez-vous alors d’ un savoureux mélange de bourgeois-bohèmes experts en dîners à thèmes type soirées verrines ou buffets dînatoires ainsi que de bizuts refusant toutes idées de réjouissances dites « vieillottes ». Bien décidé à mettre toutes les chances de votre coté, vous déciderez d’une manière cavalière mais opportune d’amener votre propre jeu de société dans le but d’égayer la soirée. Un conseil évitez tant que faire ce peu les divertissements de plateaux tels « Risk », trop haut placé sur l’échelle du bourdon, et privilégiez davantage les petits jeux conviviaux et facile d’accès comme le Dixit.

Arrivé au somptueux appartement du tout récent propriétaire des lieux, ne prenez pas la fuite à la vue du joli petit quartier résidentiel qui fleure bon la petite vie de famille saine. Continuez tête baissée et commencez, à peine entré, l’opération « j’en fait des tonnes » avec le bambin de vos hôtes pour prouver votre bienveillance et l’aura que vous possédez auprès des « petits bouts de choux ». N’oubliez pas, en outre, de saluer votre hôte masculin par une bise amicale et virile, preuve irréfutable de la véritable amitié vous liant l’un à l’autre.

Arrive ensuite l’étape la plus ardue. Ne tentez en aucun cas de mettre à exécution vos envies de meurtre lorsque vous apercevrez le nouveau look du maître des lieux, qui arbore fièrement une épaisse moustache de manière inexplicablement insolente. Assumez le principe de participer à des soirées animées par un moustachu de 28ans et entendez les arguments de celui-ci, qui met en avant un acte de provocation à caractère pileux pour analyser les réactions de son entourage devant un tel changement. N’hésitez alors pas à crier au génie devant une telle mise en pratique de la psychologie sociale.

Point important de la réussite du « cheese and wine », le plateau de fromages se devra d’être conforme aux ambitions affichées dans le fameux texto d’invitation « Méga cheese and wine tonight à la maison ? ». Extasiez vous donc devant la splendeur de la présentation et n’attachez point d’importance à l’abus de méticulosité géométrique du préposé au plateau. Concentrez-vous essentiellement sur votre capacité à cultiver votre esprit critique sur l’ensemble des échantillons de vins du soir. Vous vous rendrez alors compte que l’ensemble des invités y compris vous n’est en fait qu’un ramassis de fripouilles connaissant « que tchi » en art viticole. Qu’importe, il est toujours bien vu de placer quelques madeleines de proust comme « Oh moi je suis exclusivement Bordeaux de toute façon » pour satisfaire son égo et meubler les discussions.

Vous êtes dorénavant en plein cœur de votre soirée et ne pouvez plus faire volte face. De toute les manières, il est impossible pour vous de bouger au vue de la quantité de becquetance que vous vous êtes empiffré. Félicitez vos amis et remerciez les narquoisement au nom de votre cholestérol. Ne tentez par ailleurs aucun début de polémique sur le coté glouton de l’enfant de vos hôtes et contentez-vous d’un « elle est tellement mignonne » à l’écoute des simagrées du chérubin pour reprendre une septième fois du rab de charcuterie. Heureux, comme tout être ayant la panse bien remplie, et maintenant à l’aise avec le concept, autorisez-vous un « Frometon, charcut’, pinard : Franchement les gars vive la France », qui clôturera à la perfection la partie « repas ».

Épineuse est la phase suivante qui vous demandera un courage hors norme pour ne pas sombrer, d’une part dans une léthargie post-repas de gros (NB : Syndrome de la raclette) et d’autre part dans une mélancolie passagère due au fameux « coup de bambou » typique de ce genre de retrouvailles de pré-trentenaires usés par leurs responsabilités professionnelles quotidiennes. Luttez et efforcez-vous de trouver un attrait aux débats sur l’éducation des enfants et sur la volonté loufoque de se remettre aux puzzles à l’age de 27ans. Vous ne trouverez de toute façon pas de réconfort auprès de la petite lucarne, allumée sur un énième match soporifique de championnat de France de Ligue 1.

Pour finir en beauté votre excellente partition, participez avec bienveillance à un jeu de société, passage obligatoire et symptomatique de vos nouvelles entrevues amicales. Vous assisterez du même coup aux scènes de ménages intra-couples et aux accusations d’insuffisances d’esprits qui sévissent la plupart du temps dans ces instants décisifs de compétition acharnée. Prenez votre pied grâce à ce moment d’évasion et de franche fraternité, sans toutefois prêter attention aux controverses naissantes sur de supposées tricheries créées elle même par des truqueurs chevronnés. Délectez-vous plutôt des petites perles de vos amis bigrement lettrés capable par exemple de tenter de faire deviner le titre du dessin animé « le livre de la jungle » à l’aide de la chanson « Hakuna Matata » du Roi Lion.

Bientôt minuit et votre contrat semble rempli. L’hôtesse du soir un brin bituré et l’ensemble du groupe se déclarent exténués par l’enchaînement labeur quotidien – massive ripaille – divertissement esquintant. Suivez le mouvement de la troupe sur le départ et exigez prestement une prochaine édition en approuvant haut et fort l’idée du « cheese and wine ». Sur le chemin du retour, dispensez-vous d’analyser en profondeur la soirée et restez sur des ondes positives.

Votre nouvelle expérience achevée, vous voilà fin prêt à passer de l’autre coté de la barrière sans la moindre pensée nostalgique et passer enfin le cap dont on vous a tant parlé. N’oubliez cependant pas que ce n’est que le début d’une série de changement et que vous êtes loin du compte. Ne lâchez rien et continuez d’avancer dans le droit chemin car « la jeunesse n’a qu’un temps » disait Dédé le paysan de la ferme d’à coté. Un jour ou l’autre vous toucherez aussi les étoiles en organisant votre propre « cheese and wine ».

Le zénith d’une vie trépidante sans doute.

Comment réussir un bon « cheese and wine » ?

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