Pour cette première critique à forte tendance subjective, je souhaiterais rendre hommage à ma manière au succès populaire de la fin d’année 2014, le chef d’œuvre cinématographique s’intitulant « La famille bélier », qui, avec plus de 7 millions d’entrées au box office, est venu talonner les succès du « Retour de Don Camillo » et du « Gendarme de Saint Tropez ». Tout un programme.

Il convient avant toute chose d’afficher avec transparence mon état d’esprit « pré-visionnage » et de reconnaître ainsi une certaine forme d’anti-conformisme notoire lorsqu’il s’agit de production à tendance populaire voire populiste à la mode « Bienvenue chez les Ch’tis ». Rajoutez à cela une ex-chanteuse de « The Voice » en tête d’affiche et une bande son rythmée par les vocalises du super-patriote Michel Sardou .. Il ne m’en fallait pas tant pour aborder le film de la plus mauvaise des manières.

Le scenario s’avère quant à lui plutôt original puisque le réalisateur, Eric Lartigau, notamment auteur du bijou  « Un ticket pour l’espace », met en scène une famille de sourds et muets au sein de laquelle on peut suivre les pérégrinations amoureuses et artistiques du personnage central, Paula, qui demeure la seule entendante de sa famille. Une mise en situation du passage à l’age adulte intéressante, la jeune fille indispensable à sa famille devant faire face à l’éclosion de son don pour le chant, tentant alors d’orchestrer à la fois sa vie familiale et son évolution personnelle d’adolescente. Romanesque.

Problème, dès les cinq premières minutes on s’aperçoit que Louane Emera, bien qu’au demeurant fort sympathique, joue objectivement comme un jambon. Un jeu d’actrice franchement mollasson et des répliques « comiques » qui tombent à plat comme le fameux « Salut bande d’enfoirés » lancé à sa famille muette lors du petit déjeuner ( Ah oui, d’où la blague) : il convient de mener l’enquête expressément sur le césar du meilleur espoir féminin remporté par Louane en février dernier. A ce compte, Ayem Nour pour son rôle poignant dans « Hollywood Girls » le mérite tout autant.

Que dire ensuite des autres comédiens censés relever le niveau humoristique du film ? On aime beaucoup Karin Viard, mais sa prestation de maman excentrique à faire passer les mal-entendants pour des guignols ahuris est une véritable catastrophe. Même Michel Leeb dans son sketch de l’éternuement chinois n’en faisait pas autant. Le talent de François Damiens demeure quant à lui sous exploité, mutisme oblige. Il n’y a guère qu’Eric Elmosnino qui tire son épingle du jeu dans son rôle de professeur de chant aigri et névrosé, fan inconditionnel de Michel Sardou.

La « Famille bélier » est en fait l’archétype du film me fichant un cafard monstre. Ce petit bonbon qu’on regarde le dimanche soir en famille en se disant « Oh qu’est ce qu’elle est mignonne Louane quand même, t’as vu comme elle chante bien ? » me donnerait presque la nausée. Une pastille cinématographique qui fleure bon « la France qu’on aime », celle des « vrais » travailleurs qui sur fond de misère sociale vont se battre pour faire valoir leurs droits. C’est beau. Tellement beau que la revendication du film se matérialisant par la tentative électorale du personnage de François Damiens reste à ce jour aussi incompréhensible que la fin chimérique du dernier Indiana Jones (« et le royaume du crane de cristal »)

Un bourdon incarné par les chansons de Michel Sardou qui de surcroît vous rentre expressément dans la tête. « Je vais t’aimer», « La java de Broadway », « Je vole » sont autant de chansons que je ne peux plus ouïr depuis (Si tenté que Mr Sardou eut été ma «cup of tea» en terme de musique). Parmi elles, « Je vole » est sans aucun doute en tête de liste, grâce à la désormais mythique scène finale. Cette brillante analogie entre les paroles et le destin à venir de Paula fait froid dans le dos et amène tout un chacun à verser sa petite larme. Car indéniablement, même pour un rabat-joie, le moment est beau ! La traduction en langage des signes, le professeur de chant qui se met au piano, le regard bouleversé des parents, la voix et l’émotion de Paula : en somme tout est fait pour qu’on atteigne le fameux stade du « je te jure je voulais pas pleurer, ça doit être la fatigue chérie ». Et à force de nous envoyer des signaux « Chiale, chiale, chiale, tu vas chialer bordel ? » et bien on finit par exécuter la requête.

On peut donc dire que ce film est sans nul doute «  cul-cul la praline ». Un ressenti d’ailleurs exacerbé par le plan final, figé sur Paula le sourire aux lèvres et toute heureuse d’entamer cette nouvelle vie tout en ne s’étant finalement pas mis à dos ses parents. Un film gentillet donc , plein de bon sentiments et essentiellement rempli de clichés … à croire que les français aiment cela au vue du récent succès de « Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu ? »…

A bon entendeur,

L’Émile Zola du septième art

J’ai vu… La famille bélier

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4 thoughts on “J’ai vu… La famille bélier

  1. le pire dans tout ça, c’est que les gens dans la salle riaient…(bon surtout les vieux et les petits)
    Mais le plus important, en fin de compte, c’est que toi aussi, t’as chialé à la fin…. et ça c’est beau.

  2. Eh oui, je l’ai vu aussi… Tout est pathétique dans ce film. Il nous rappelle aussi combien les textes des chansons de Sardou sont puissants (je plaisante, bien sûr).

  3. Merci Clément, ça m’évite d’aller le voir. alors que « le rire du sergent » est quand même une sacrée belle chanson… que dure « du temps béni des colonies »…

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