Dimanche 23 février. Tandis que la France rentre de week-end, quatre compères décident de prendre le contresens de la plèbe en entamant un séjour éclair de 24h à Deauville, capitale de la débauche monétaire. Impatient depuis bien des mois à l’idée de retrouver cette magistrale bâtisse appelée casino, ils se lancent fièrement dans l’aventure espérant comme toujours remporter un mémorable pactole. Ce doux rêve se combine avec l’absence de contrainte financière qui jadis contrôlait un peu la fougue de ces jeunes « addicts ». De quoi copieusement pimenter le mini-séjour en vue.

15h00. Début du court voyage pour la cité normande. Excités comme des marmots avant d’entamer une glace, ils évacuent cette frénésie enfantine en beuglant ardemment le tube sévèrement burné de la « Team BS ». Dans l’euphorie collective, Clément décide d’entamer la dilapidation de son compte en banque en pariant audacieusement sur une contre performance du Bayern Munich. Absence de zèle et méconnaissance de l’univers Smartphone feront qu’il misera involontairement une seconde fois la cinquantaine d’euros déjà engagée. 100 euros au total pour une victoire finale du Bayern 5-0. Une excursion amorcée de la plus belle des manières entre clairvoyance, bravoure et légendaire baraka.

17h00. Les quatre larrons arrivent à bon port : un charmant hôtel avec espace aquatique intérieur et surtout un incitatif petit déjeuner à volonté. La porte de la chambre à peine franchie, ils entament un jeu spirituel à base de cartes pour connaître l’heureux élu qui ira chercher les peignoirs à la réception. Remportant un succès certain, le jeu consistant à deviner quelle carte sortira du paquet servira aussi à designer la composition des chambres, inégalement agencées. Rappelons que les compagnons viennent d’atteindre récemment la barre des 25 ans.

18h00. La clique démarre l’apéritif par un jeu à boire inventif nommé « Pyramides ». Clopes et chicha au bec, ils sirotent avec classe les cocktails proposés par Clément, intronisé maitre barman par Damien, dit « le poison », bien décidé à ne pas faire un seul effort collectif et cultivé ainsi sa légendaire flemmardise. Dans l’élan, Matthieu, en gentilhomme subtil et dégourdi, décide à son tour d’expérimenter un mélange à base de Rhum, crème de coco, jus de citron, jus de pomme et Red Bull. Un résultat amèrement efficace qui finira malencontreusement dans l’évier après quelques vaines tentatives de dégustation.

18h30. La troupe pénètre dans un espace aquatique fourmillant de gamins et dont le climat assourdissant donnerait presque des envies d’infanticide. Hammam en panne, ils se résolvent à entamer un plan pour grappiller les quelques places disponibles dans le convoité jacuzzi. Guettant les moindres mouvements des veinards postés dans la baignoire à bulles, ils sautent alors sur la première occasion pour s’y glisser expéditivement. Une fois la conspiration brillamment achevée, ils assisteront, hasard ou coïncidence, à l’évacuation totale de la foule présente dans l’enceinte, conséquences du tohu-bohu et des conversations grivoises entreprises par les quatre prix nobels.

21h00. Forts déterminés à déguster les spécialités locales, la cohorte tranche à l’unanimité pour l’option pizzeria, situé à quelques pas du casino. Impatients et survoltés à l’idée de redécouvrir les strass et les paillettes du palais des jeux, ils expédient à la vitesse de l’éclair les délicieux mets proposés par le chef italiano-normand. Un cri du cœur à l’art culinaire.

22h00. Entre enthousiasme et angoisse post-casino, les quatre acolytes accèdent enfin au majestueux édifice. L’âme en peine, ils prennent hâtivement conscience qu’aucune table de poker ne sera ouverte en raison d’une rarissime pénurie de joueurs. Désenchantement, notamment pour Matthieu, spécialement venu à Deauville pour parfaire sa réputation de « terreur des tables ». Abattu, le roi du bluff décide alors de se venger en entamant un baroud d’honneur à la roulette, accompagné de Damien, soit disant « invaincu au casino », Rémi dit « le visionnaire » et Clément le « roi du quitte ou double ».

00h00. La situation devient préoccupante. Enivrés par l’appât du gain, la troupe perd peu à peu la raison en dépensant candidement une importante somme d’argent. Jamais gagnant, Matthieu invoque comme à son habitude la malédiction et la malchance qui l’habite. Dépité, il se rassure en imaginant le pactole qu’il aurait évidemment du récolter à la table de poker. Rémy quant à lui parait curieusement ravi de gaspiller son flouze, attirant au passage les regards complices des donzelles, émerveillées par la témérité, l’aplomb et le charisme de l’apprenti milliardaire.

1h00. Cafardeux et dorénavant pauvre, Matthieu jette l’éponge. Beau joueur, il lancera même un « C’est de la merde la roulette » remerciant ainsi le croupier de l’avoir fait participer à un si beau moment. Clément perd lui tout sens commun en plaçant à deux reprises un jeton de 100 euros sur une couleur. Un culot récompensé par deux échecs cuisants. Damien n’est pas en reste et voit sa pile de jetons désépaissir peu à peu. Finalement ruiné, il invoque avec un inattendu sérieux et une absolue sincérité les mauvaises ondes dégagées par ses trois collègues malchanceux. Accepter la défaite, tout un art.

1h30. La fermeture des tables coïncide avec la faillite collective des quatre compagnons. Au total, un excellent bilan de 800 euros de pertes en une soirée. Bredouilles, il engage le retour à l’hôtel ironisant sur leur triste sort. Alpagués à la sortie de l’édifice par une sans logis, ils ne pourront donner ne serait-ce qu’un centime à la bonne dame. Voyante et amicale, elle remerciera les quatre losers en débitant un « radinnnnnnnnn » sorti tout droit du larynx. Une ode à la sympathie qui renforcera le moral des troupes.

2h15. De retour au bercail, nos amis font le point sur une soirée intégralement réussie en absorbant difficilement un dernier verre. Ils entament ensuite un quart d’heure confessions où la poésie et le bon goût règnent sans partage. Dans l’élan, Rémi décide de matérialiser ses désirs en cherchant assidument sur son cellulaire une escort-girl dans la région. Le casanova des Yvelines s’endormira peu après, sans femme prés de lui mais sous les insultes et moqueries du restant du groupe, lassé par l’absence de glandes génitales du brave garçon.

Lundi 24 février, 10h30. Dévorant avec passion le petit-déjeuner si attendu, la clique statue sur le programme de la belle journée ensoleillée qui les attend. Entre idiotie et vengeance, il compte bien remettre le couvert et vaincre le signe indien en retournant au casino. Folie toujours, Damien décide de son plein gré de quitter la chambre dix minutes après l’heure légale. Excité d’enfreindre les règles, il bombera fièrement le torse passé la porte d’entrée de l’hôtel. Couillu.

12h30. Très vite, le flou s’empare des quatre camarades contraint de tuer le temps jusqu’à 16h, heure d’ouverture des tables de jeu. Après un bref passage par « les Planches de Deauville », ils se résolvent à limiter les efforts sportifs en s’asseyant à une table d’un bar-brasserie. Trois heures à ingurgiter cocktail et amuses bouches seront l’occasion de fusiller un peu plus corps désuets et compte en banque en péril.

16h00. Les revanchards franchissent les murs du casino bien décidés à « se refaire ». Ardeur vite dissipée par l’annonce d’une ouverture des tables de jeu pas avant 19h. Confrontés à cette nouvelle bévue organisationnelle, ils tentent une concertation pour connaître les désidératas de chacun. Machines à sous, bars, retour à la maison et même cinéma : les propositions fusent pour combler ce nouveau trou dans un emploi du temps bercé au rythme des tables de jeu. Profitant de cet instant de flottement, Rémy entame une partie salutaire au machines à sous où il conjurera le sort de la plus belle des manières en remportant 300 euros. Y voyant un signe du destin, la bande se décide alors à rester dans l’enceinte.

16h30. Les quatre gaillards découvrent avec surprise l’existence d’une roulette avec écran électronique personnel pour chaque joueur. Rapidement devenus accros à cette nouvelle découverte, Rémy et Damien parviennent vite à tirer leur épingle du jeu. Sur l’autre rive, le groupe des éternels perdants, Matthieu et Clément, creusent encore le trou dans lequel ils se sont envasés depuis 24heures.

20h30. Après le nouvel ajournement de la séance de poker, Matthieu décide de rendre les armes et d’arrêter les frais. Pendant ce temps, la « Team Winner » parvient à enfin basculer dans le camp des bénéficiaires, conséquence de quatre heures endiablées de roulette. Clément continue quant à lui son chemin de croix en s’essayant au black jack. Sommé par ses compères d’accélérer la cadence, il tentera le coup de grâce à la roulette en posant une nouvelle fois 100 euros sur une couleur. L’énième échec qui suivra coïncidera enfin avec le départ des quatre larrons, entrainés depuis 24h dans le tourbillon du jeu et de l’inconscience.

21h00. Direction le MacDonald pour le dernier restaurant local du séjour. Recalculant les pertes et gains du week-end, la bande se rend compte qu’elle aurait pu partir une semaine en Crête tous frais payés pour le même tarif. Qu’importe la passion du jeu est plus fort que tout et nul doute qu’ils reviendront encore plus fort l’année prochaine. Sur la route, il n’auront de cesse de méditer sur la prochaine session, bien aidé par le positivisme du tube « Loir et Cher » de Michel Delpech qu’ils entonneront à tue tête. Un hymne à l’espoir pour ces attachants losers.

Les losers à Deauville

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