Vendredi 18 Avril. Désireux de changer d’air à l’occasion du fameux week-end de Pâques, quatre compagnons de la banlieue parisienne décident d’allier l’original à la folie en se préparant à passer trois jours sur la côte normande dans un charmant camping. Ils seront rejoint le samedi par deux autres compères qui viendront compléter un ravissant tableau composé de Kevin et Cécile, le « couple » de la bande, Matthieu, Clément et « Papi » Mathieu, les éternels « losers » du casino et enfin Yoann, dit « Le sage ». En substance, un savoureux cocktail aussi enivrant qu’inquiétant.

Vendredi, 11h00. Assurément encore beurré de la veille, Papi se réveille en prenant conscience qu’il n’a pas dormi dans la bonne couche ni dans le bon logis. Dépourvu de portable et clairement «  à la masse », l’alcoolique chevronné recevra une aide salvatrice de Kevin, qui viendra chercher puis ramener chez lui le boulet, moyennant un détour de seulement 40 kilomètres. Arrivé à bon port, le vieil amnésique clôturera son festival en annonçant l’oubli de l’ensemble de ses papiers dans sa voiture, restée à quelques lieux de son abri temporaire, synonyme d’énième aller-retour pour la bonne poire Kevin. Un brin rasoir.

15h00. Chaos organisationnel oblige, la fine équipe se retrouve immanquablement en retard sur son programme d’attaque. Enfin décidés à lever le camp, les acolytes continuent leur « départ sans faute » en se coltinant promptement les inéluctables embouteillages du vendredi après-midi. Résultat : un temps de trajet doublé mais un périple calqué au rythme des incessantes moqueries sur le compte de Papi, coupable d’avoir copulé avec un joli tonneau la veille. Assumant fièrement « l’affaire du camion-tonne », le nouveau capitaine de la barrique expliquera avec franchise et gentillesse qu’il s’agissait en fait d’un lot de consolation. De quoi rassurer les trublions.

18h00. Posté entre Deauville et Honfleur, le camping dans lequel pénètre les quatre amis est un authentique réservoir à humains décrépis et à familles nombreuses. Peu contrariés par les regards insistants et inquiets des résidents usuels, les martiens découvrent enfin leur mobilhome avec une débordante excitation. Heureux comme une grenouille dans la mare, Kevin frise même l’attaque cardiaque en découvrant la présence d’un barbecue, raison maitresse de sa venue dans les contrées normandes. Profitant de l’euphorie générale, Clément évoque alors avec malice et perversité la fragilité de son genou récemment opéré, déclarant du même coup forfait pour la « session course ». Finaud.

20h00-2h00. Encore lessivés par leur sauterie endiablée du jeudi, la bande opte sagement pour une « soirée merguez », où flemmardise, alcool et becquetance seront les maitres mots. Au grand damne de Clément sans cesse en train d’invectiver ses partenaires pour rejoindre sa seconde maison, le Casino. Peu persuasif, il se résoudra à participer à une quasi inédite veillée « jeux alcoolisés », qui rythme depuis seulement une dizaine d’années les innombrables soirées de la troupe. Étrangement « cuits comme des côtelettes », fatigue et éthylisme abusif oblige, ils se coucheront tous « chargés comme des mules », avec une mention spéciale pour Kevin, devenu en l’espace d’une heure un fantasque personnage à la peau jaunâtre. Un hommage poignant et mimétique à la fratrie Simpson.

Samedi 19 Avril. 11h30. Les quatre amis se réveillent petit à petit avec en commun l’impression d’avoir le bourrichon dans le croupion. Souhaitant pallier à ce récurrent problème matinal, ils décident de prendre la direction de la piscine intérieure du camping, qui agira comme médicament contre le mal de crâne. Un réveil plutôt brutal au vue de la froideur d’un grand bain rationnellement désert. Une piscine inoccupée qui n’empêchera pas Cécile d’orchestrer une représentation théâtrale alliant la comédie et le drame pour pénétrer dans l’eau. Une fois l’opération faite au bout d’une bonne demi-heure, elle recevra logiquement un César aussi mérité qu’attendu. Félicitations.

14h00. Un poil insistant l’ogre Kevin parvient à rameuter les troupes pour le déjeuner du jour qui fera une nouvelle fois la part belle au barbecue. Une option inventive qui ne tarde pas à mettre en joie nos amis fumeurs de narguilé, pressé d’allumer le calumet de la paix pour entamer cette douce après-midi. Clairement jaloux de la récompense de « Cécile Deneuve », Clément en profite alors pour sortir de sa botte secrète une figuration purement tragique où « l’homme de verre » se bloquera un muscle de l’avant bras en tentant d’ouvrir l’extrémité du tuyau de chicha. Un numéro créatif, entre génie dramaturgique et désolation.

16h00. Âgés entre 25 et 30 ans, les compères vivent une transition difficile à accepter vers la future vieillesse. Témoin en est : une visite dans la capitale de la romance normande, Honfleur, où ils n’hésiteront pas à se balader « tranquillos » sur le port et à déambuler paisiblement dans les ruelles de la douce bourgade du Calvados. Inquiétant. Néanmoins, ils garderont une once d’âme d’enfant en amorçant le fameux « jeu des sosies », consistant à trouver des ressemblances physiques aux passants avec des personnalités célèbres, dont Clément sortira grand vainqueur grâce à l’élégant sosie féminin de Jean Pierre Coffe. Merci pour elle.

19h00. Harassés par le voyage qu’ils viennent de vivre, les chaînons manquants, Yoann et Mathieu rejoignent la troupe et atteignent enfin le camping. Heureux de l’arrivée des deux complices, Clément et Papi donnent alors une leçon d’accueil et de politesse en préférant profiter des derniers instants de la piscine plutôt que de venir saluer leurs amis. Une infidélité pourtant récompensée par une somptueuse rencontre avec le « gardien » de l’étendue d’eau; être gagné par des envies suicidaires au vue de l’insignifiante affluence de l’espace aquatique. Ajoutez à cela un look d’ancien biker arborant une superbe panoplie en jean et assumant ses cheveux longs bouclés, vous obtenez sans nul doute le plus improbable et extravagant personnage rencontré au cours du week-end.

20h00-23h00. Avides d’accoutumer les nouveaux protagonistes aux us du séjour, « les anciens » proposent d’entamer les hostilités avec un jeu d’alcool et un barbecue, définitivement entérinés activités phares week-end. Étonnamment éméchés après seulement trois heures de jeu, la troupe décide de plier les gaules direction le Casino de Trouville, qui se révèle être un choix de lieu pertinent tant l’alcool et l’argent font le plus souvent bon ménage chez nos héros. Seule à ne pas avoir succombé à l’appel de la soif, Cécile est alors auto-désigné conductrice du soir par ses chers « amis ». Un élan de sympathie renforcé par la présence proscrite de six personnes dans l’auto, preuve que « les compagnons de la loose » sont définitivement de véritables dingos.

00h00-2h00. Arrivé au Casino, le groupe se divise en deux pour former d’une part, une troupe où la raison empiète sur la folie, structurée par Yoann, Kevin et Cécile, et d’autre part un bataillon d’inguérissables fanatiques du jeu, composé des trois conventionnels perdants, Clément et les deux Mathieu. Comme prévu, la « Team Loser » se désespère vite et gagne bien plus de grammes dans le sang que d’argent dans le porte monnaie. Pour preuve, une défaite expéditive à la roulette pour Matthieu enchainée avec une déconvenue attendue pour Clément et Papi au Black Jack contre trois Ti-Punch par personne. Un calcul élémentaire pour un énième fiasco avoisinant les 400 euros de pertes en mois d’une heure, loin d’empêcher les trois prix Nobel d’afficher une étonnante béatitude. L’habitude sans doute.

Dimanche 20 Avril. 12h00. Vite rentrés au bercail la veille, les condisciples s’apprêtent à attaquer tambour battant une journée qui s’annonce déjà mémorable. A peine sortie du lit, Cécile voit les cinq hommes remontés comme des pendules et commencer un jeu d’alcool nommé « Biskit ». Un amusement un poil barbare rythmé par des grands débats footballistiques, mais aussi par les incessants chants de l’ami Matthieu, le pesant apprenti choriste de la bande. Une aubaine pour son compère musicien, le néo portugais Yoann, chanteur à ses heures perdues, qui profite alors de cet instant mélodieux pour arborer ses lunettes de soleil alors même que la pluie s’abat sur le mobilhome. « Yoann Lucenzo », où la classe incarnée, n’importe ou, n’importe quand.

15h00. Abattue et irritée par les trois heures de jeu et par la masculinité ambiante, Cécile décide de rendre les armes et de partir seule en vadrouille, voyant du même coup ses rêves d’ « après-midi cheval » s’envoler. Un craquage étonnant et peu compréhensif au vue de l’état routinier des « alcoolytes » en plein milieu du dimanche après-midi. Très vite, ceux ci parviennent d’ailleurs à expédier aisément les 3 litres de whisky achetés pour l’ensemble de la journée, preuve une nouvelle fois que les primitifs compagnons ont du plomb dans la caboche. Complétement ronds et désormais démunis d’alcool, ils s’en remettent alors a Kevin, maitre grilladin, pour avaler enfin un contenant solide et ainsi engloutir un quatrième repas sur quatre cuit au barbecue. Équilibré.

18h00. Léthargiques, retombées de l’alcool oblige, les deux Mathieu et Clément décident d’aller tâter une dernière fois l’eau revigorante de la piscine du camping. Fraichement réveillés, ils apprennent alors en sortant du bassin, l’évolution positive des matchs de football comptant pour leur « loto foot » du week-end. Plus que quatre bon résultats et les immuables losers deviendront les heureux gagnants d’un jack-pot tant attendu depuis des mois. Euphorisé et stressé par la nouvelle, Papi décide de pérenniser l’instant en heurtant la voiture du directeur du camping avec le « Crossover » emprunté à Kevin pour parcourir les 500m qui relient le mobilhome à la piscine. Une brillante idée pleine de lucidité qui lui coutera la modique somme de 100euros. Autrement dit une broutille pour un futur millionnaire.

20h00-23h00. La folie journalière laisse place à la froideur des compères, solidement campés autour de la table intérieure du mobilhome, attendant avec impatience et angoisse les derniers résultats des matchs. En duplex téléphonique avec le quatrième larron de la bande des joueurs, ils apprendront en direct le quasi sans faute qu’ils viennent de réaliser sur 14 paris, laissant ainsi place à une extravagante effervescence. Tandis que des sueurs froides apparaissent sur le visage de l’angoissé Mathieu, ses deux camarades de jeu imaginent déjà le montant du pactole, qu’ils estiment entre 1000 et 20 000 euros, rêvant déjà de plages désertiques et de gourgandines de luxe. Inimaginable.

23h30. Le couperet tombe. Le site de la Française des Jeux annoncent un nombre inaccoutumé de gagnant sur la grille Loto Foot du week-end. A peine croyable, l’enchainement de treize bons pronostics sur quatorze ne rapporte que 155 euros contre 13 000 la semaine dernière. Une désillusion de plus pour nos attachants guignards auteur toutefois du plus sensationnel ascenseur émotionnel jamais perçu. Bienheureuse compensation.

00h00. Anéantie par la nouvelle, l’équipe de choc décide tout de même de tenter de conjurer le sort en prenant, à reculons, la direction du Casino. Pas franchement en réussite depuis le début du Week-end, la Team Loser préfère cette fois-ci partir perdant d’avance pour éviter tous nouveaux déboires. Toujours proche de l’intellect suprême, Clément et Mathieu décide alors habilement de mettre en commun leurs forces en faisant un pot collégial à la roulette. Étrangement, l’association des deux tacticiens ne fera jamais mouche et creusera plus encore le trou dans lequel ils se sont engouffrés depuis maintenant 24h. De quoi désespérer Yoann, Cécile et Kevin, heureux gagnants d’une poignée d’euros aux machines à sous et définitivement consternés par la déraison de leurs camarades.

3h00. Tandis que le Casino se vide peu à peu, les irréductibles hurluberlus continuent leur chemin de croix à la roulette, ressassant continuellement leur infortune du soir. Invoquant la malédiction, Mathieu jette enfin l’éponge et met fin à un acharnement maladif proche de la folie. Un brin inquiétant. De son coté, Papi assume pleinement sont statut de « Prince des guignards » en liquidant tranquillement sa fortune au Black Jack. Une soirée idyllique pour « le vieillard à lunettes » stoppé à 400 euros de pertes sur le week-end, indemnisation des « dégâts causés sur un véhicule » comprise. Enfin, Clément, objectivement dopé au jeu, s’offre un baroud d’honneur à la roulette confiant à ses amis qu’il pourrait rester encore des lustres à la table. Désolant. Moralité, une seule chose est certaine : les tenants du Casino ne remercieront jamais assez nos gentlemans de l’échec.

Lundi 21 Avril. 8h30. Réveil matinal et pénible pour les six complices, contraints de libérer leur habitation saisonnière avant dix heures du matin. Un lendemain d’ivresse encore plus chaotique pour Kevin, contraint de converser au saut du lit avec un troublant voisin de parcelle sur les soit disant « bêtes sauvages » vivant dans les environs. Obscur. Une conversation qui favorisera le départ express de la troupe pour une dernière excursion à la mer, dans une charmante bourgade nommé Villerville, qui accueillit jadis le tournage d’un « Un singe en Hiver ». « Bétons » sur le sujet, les érudits se demanderont judicieusement alors si cet intitulé ne fait pas référence à un tube musical des années 80. Compliqué.

11h00. Arrivés sur le front de mer, Cécile et les deux Matthieu décident de « tâter le terrain » et de rallier le sable légèrement humide pour entamer une introduction à la pêche au crabe. La marée basse permet aux trois aventuriers d’avancer tout prêt de l’eau et de rencontrer alors un vieux pêcheur qui n’hésite pas à informer les jeunes gens de toutes les ficelles du métier. Passionnante est aussi la conversation des trois larrons restés au bord de la plage, qui profitent de l’escapade de leurs camarades pour entamer un débat endiablé sur le temps de trajet d’un Paris-Shanghai pour un chalutier. De quoi ressentir atrocement le fameux cafard des fins de week-end.

12h00-14h00. Vannés, les loustics trouvent tout de même la motivation d’entrer dans un restaurant pour savoureusement déguster les spécialités locales et revenir du même coup sur les nombreuses péripéties du week-end. Un récit nostalgique qui donnera rapidement envie à Matthieu et Clément de ne pas décamper de suite après le déjeuner pour faire un énième « Come Back » au Casino. Après une heure d’intenses tractations, ils décideront étonnamment de privilégier la raison et participeront au départ collectif de la bande aux alentours de 14h00. Un voyage express où ronflements et rêveries permettront de revivre un séjour riche en émotion, à défaut d’être riche en profit. Une habitude pour nos fascinants héros, toujours déterminés à dépasser les frontières de l’échec. A suivre donc.

Les losers à Trouville

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