Apprentis penseurs et philosophes, vous êtes si nombreux à prodiguer les mêmes théories bas de plafond sur vos petits tracas du quotidien qui perturbent tant votre jouissive existence. Vous, « théoriciens du dimanche » qui n’avez de cesse de clamer votre malchance lorsque votre caisse au supermarché avance bien plus lentement que celle des autres, laissez place à la nouvelle génération de savants appelée « théoriciens du samedi soir ». Soit une horde d’analystes, à la fois philosophes, psychanalystes et visionnaires prêchant, dans l’immédiat, dans les soirées plébéiennes de la périphérie parisienne. Immergez-vous donc dans l’univers des génies d’aujourd’hui et de demain grâce à une fidèle reconstitution d’une soirée inter-théoriciens.

Petite précision s’il en fallait une : La globalité des théories énoncées ci après ont bien entendu été vérifiées, quantifiées et matérialisées dans la transparence la plus absolue.

21h00 – La théorie de la confession circonstancielle
Fin du premier godet pour Yann qui entame non sans une certaine forme d’héroïsme le florilège dogmatique du soir en révélant la seule circonstance évidente à ses yeux pour converser de réalités inavouées : l’épluchage de légumes. L’apprenti cuisinier, concentré sur la rigidité de l’épiderme de sa pomme de terre entamerait ici plus aisément une profonde discussion avec son partenaire « râpeur », reconnaissant peu à peu son mal être intérieur et pouvant admettre par exemple sa dévotion nympho-maniaque envers les femmes obèses jusqu’alors dissimulée. Précisons toutefois que ce concept de la « patatothérapie » est déclinable à d’autres légumes voir fruits : l’ « Oignonthérapie » pour les confessions érotiques et la « compotothérapie » pour les secrets bien enfouis.

22h00 – La théorie de l’anticonformisme excessif
Seul protagoniste non enivré, Adrien tente ici une définition « élastique » de l’anticonformisme en partant du postulat que la majorité des individus souhaite agir à l’inverse des autres dans le but de se démarquer. Ironie du sort, cette situation résulte d’une forme de conformité des prétendus anticonformistes. Mais l’explication « RaymonDevosienne » ne s’arrête pas là, car certaines individualités, se rendant compte de leur conformisme alors même qu’ils croyaient être auparavant dans l’anticonformisme, vont se désolidariser de leur pensée initiale créant alors le concept de l’anticonformisme excessif. Cf l’adorateur du supporter irlandais de football avant l’euro 2016 qui voyant le pompage de verge mondial prodigué au « peuple vert » durant la compétition ( « Oh qu’ils sont formidables ces irlandais ») se désolidariserait peu à peu de sa lubie, désormais devenue une convenance établie.

23h00 – La théorie de l’aire d’autoroute
Les débats devenant de plus en plus approfondis et rationnels, l’entrée en scène de Bastien arrive ici à point nommé. Selon l’érudit du soir, il apparaîtrait qu’une large majorité d’automobiliste soit confrontée au syndrome de l’aire d’autoroute, liée de près au concept du « déjà vu ». Le mimétisme des aires d’autoroutes françaises créeraient une impression étrange mais quasi-rituelle de s’être déjà arrêté à ce endroit et donnerait lieu à des débats parfois houleux, comme s’il s’agissait d’une étape de la pérégrination à ne surtout pas manquer. « Chérie, on s’était pas déjà arrêté sur cette aire l’année dernière ? » «Si mais au trajet retour, rappelle-toi on avait même mangé au bœuf jardinier». De quoi donner du grain à moudre aux succulentes discussions de ceux qui voyagent « toujours en Break ».

00h00 – La théorie de l’oncle Bob
Ne dit-on pas que c’est dans les meilleures bitures que naissent les plus grands préceptes ? Vrai ou non, c’est en tous cas l’avis de Mathieu, qui, pourtant de nature discrète lors de conversations dites philosophiques, n’hésite pas à dévoiler son unique théorie plus ou moins approfondie sur la vie. Celle-ci se résume au fait que l’arrivée du beau temps coïnciderait avec l’écoute intensive des hits de la légende du reggae Bob Marley. Sous entendu que la populace n’écouterait Bob Marley qu’en saison estivale. Précisons, toute chose n’étant pas égale par ailleurs, que l’écoute de Bob Marley n’a aucun impact sur un quelconque changement de climat. Mathieu tient à réfuter également l’idée générale qui découlerait naturellement de cette axiome, voulant qu’il existerait des musiques d’été et des musiques d’hiver. La théorie de l’oncle Bob se veut unique et inimitable «  à l’image du chanteur ».

1h00 – La théorie la hiérarchisation du vocable
Minuit passé d’une heure, il est grand temps pour Clément de passer aux aveux. Libre penseur confirmé et barbouilleur d’écrits franc-couillu plus ou moins convenables, le « Bénabar » de l’Essonne affirme ici l’existence d’une graduation des mots français : des plus cocasses aux plus cafardeux en passant par les plus insipides. Théoricien extrémiste, il poussera même son vice à énoncer une paire de mots dits « interdits » avec une objectivité toujours aussi incontestable. Adieu donc les expressions remixées telles « pistoche » ou « nazebroque » et les tournures routinières comme « claquer une bise » ,« tranquilou bilou » ou « casser la croûte ». Point culminant du classement, les termes « pantoufle » et « binocle » volent la vedette aux mornes « boulodrome » et « snobinarde ».

2h00 – La théorie de la trique automobile
Lorsque la grâce s’en même et que le système solaire est en point de mire, il est un homme qui ne déçoit que très rarement : Thomas. La pensée du jour concerne les interminables trajets en voiture et les innombrables idées de divertissements possibles en « zone confinée ». Ici, pas de « Petit Bac » ou de « Devinez à qui je pense comme célébrité », mais des passagers quasiment muets qui, « blues » oblige, sont amenés à avoir des errances d’esprit qui provoqueraient un début de trique chez le mâle reproducteur. En d’autre terme, l’ennui en voiture serait à l’origine d’une parfois gênante « levée de gourdin non souhaitée ». A noter qu’aucune analyse scientifique n’ayant encore percée le mystère de la trique automobile, la thèse du « phénomène paranormal » semble loin d’être écartée par le moraliste du soir.

3h00 – La théorie miracle pour lutter contre le chômage
La « minute El Khomri » du soir est proposé par Romain, qui nous dévoile en exclusivité son plan d’action pour lutter contre la montée du chômage. Selon « le petit Mozart de l’économie », il suffirait simplement de rajouter un jour dans la semaine et accorder à chaque travailleur trois jours de repos consécutifs, oubliant ainsi le principe du week-end traditionnel. Les trois jours de congés obligatoires permettraient ainsi un plus grand turnover du personnel, une flopée d’embauche et accessoirement un temps plus conséquent pour s’enivrer au bistrot du coin. Le digne héritier de Keynes n’avait jusqu’alors exposé cette théorie qu’à Paul, son ami de biture, mais nul doute que le gouvernement aura maintenant les yeux braqués sur la carrière ascendante du brillant jeune homme.

4h00 – La théorie écologique des « latrines-douches »
Rien de tel qu’un avis féminin pour adoucir les mœurs et tempérer les débats … du moins, le croyais t-on ! L’allumeuse de mèche est ici Élise, instigatrice d’un authentique « jet de bombe » en proclamant avec courage qu’uriner au moment de sa douche permettrait chaque jour d’économiser des litres de chasse d’eau et de participer à sa façon au combat écologique. Une bien belle manière de faire passer la pilule d’une pratique de « paresseuse malpropre » diront les plus dubitatifs, « à ce moment là, autant déféquer dans l’évier » diront les locuteurs plus « terre à terre ».

5h00 – La théorie « remède de lendemain d’ivresse »
Tandis que l’heure tardive pourrait laisser entrevoir un fléchissement du débit d’idées philosophiques, il en faudrait bien plus à François pour stopper le fonctionnement de « sa boite à méninge ». Jamais avare de riches thèses, il n’hésite pas à révéler la méthode ultime pour lutter contre la gueule de bois : s’agissant purement et simplement de supprimer le coca cola habituellement mélangé au whisky. Les substances gazeuses seraient à l’origine selon lui, du fameux « mal de caboche » du lendemain. Loin d’être inintéressant pour nos théoriciens du soir, qui, bien que fort désappointés de pas avoir testés l’antidote dès le début de la soirée, se déclarent déjà ravis de la future soirée expérimentale … contrôle fâcheusement nécessaire pour vérifier l’exactitude de la théorie.

6h00 – La théorie du piège anti-flicaille
Fripon ou filou certainement, malin comme un singe assurément. Voilà comment nous pourrions décrire Mathieu qui nous offre (enfin) sur un plateau LA parade pour échapper aux contrôles routiers lors d’un retour de soirée arrosée. Paradoxalement à jeun, « le sac à malices sur patte » atteste d’une totale garantie de fonctionnement de la technique suivante: un conducteur d’une voiture « break », possédant deux sièges autos à l’arrière et des pares-soleil sur les vitres, éviterait à coup sur un contrôle de la maison poulaga, bien que fortement aviné. Petit conseil en sus pour assurer le coup : adoptez de préférence le pare-soleil Winnie l’Ourson et munissez vous de binocles de vues qui compléteront définitivement la panoplie du parfait père de famille qui ne ferait pas de mal à une mouche.

 

Sur ce, modestes théoriciens du dimanche, vos collègues du samedi soir vous souhaite un agréable retour à vos études, espérant que l’humiliation ne fut pas trop brutale. A bon entendeur, salut !

Les théoriciens du samedi soir

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