Cher Barney,

Voilà maintenant deux jours que je tente en vain d’écrire mon habituel résumé du match du MFC 2. Retracer les événements de ce rendez-vous dominical est pour moi un combat de tous les instants. D’habitude les mots viennent pourtant si vite. Les phrases s’enchainent pour qu’à la finale, la fluidité triomphe. Mais aujourd’hui tout est différent. Dimanche, alors que tu jouais pour ton équipe verriéroise, l’observateur footballistique que je suis est littéralement tombé amoureux d’un être hors du commun. Sans crier gare, un véritable tremblement de terre cérébrale s’est abattu sur moi, chamboulant ma facilité habituelle à conter les exploits de mes partenaires.

Tout avait pourtant commencé comme à l’ordinaire, les deux équipes honorant avec maestria les trois grands préceptes de la division 6 : retard, démotivation et chaos organisationnel. Puis, dix minutes avant le coup d’envoi, tu as décidé de sortir ton museau dehors, braquant au passage tous les regards sur toi. Il est vrai que mis à part un anophtalme, personne ne pouvait passer à coté de ta divine silhouette. A commencer par ton prénom, aussi non-conformiste que merveilleux. Rendant hommage à l’illustre chanteur des années 1990 (Phil, si tu nous regarde …) tes géniteurs ont ainsi entretenu avec brio le génie qui caractérise cette appellation.

En te voyant pénétrer sur la pelouse, je n’ai pu qu’admirer la douceur de ton faciès et la grâce de ton allure. Ta trogne rondelette m’inspira d’emblée la sympathie. Tonsure assumée, joues bouffies et teint halé rappelant les chaudes nuitées de Marrakech, ont suffit pour revivifier cette morne après-midi hivernal. En attendant le début des hostilités, tu as également su me divertir en dandinant gracieusement ta lourde carcasse. Une entrée en matière irréprochable pour toi qui célèbre ce dimanche, un tardif baptême du feu.

En outre, ta panoplie footballistique est, encore à ce jour, restée sans égal. Certains de tes coéquipiers ont vainement tenté d’imiter ton style. Mais difficile de singer à la perfection un look aussi improbable et majestueux que le tiens. Tout bon créateur de mode qui se respecte sait qu’  « oser » est le maitre mot pour lancer une nouvelle tendance. Et tu as courageusement osé Barney. Indépendamment de ton maillot local, moulant grassement tes adorables bourrelets, tu as su métamorphoser l’aspect classique du footballeur lambda en te parant d’un « baggy jean » déjà devenu culte. Pour parachever ton œuvre, tu tenteras avec panache la mise en place de petites socquettes noires, rehaussées de façon à dissimuler l’absence de protèges tibias. Fascinant.

Sous tous les aspects, tu as été l’atout numéro un de cette rencontre. Ta production footballistique n’a fait que confirmer mon envoutement préalable à ton égard. Une heure de temps de jeu pour une prestation proche de la perfection. Participant activement à la déculottée infligée au Magny FC, tu as régalé par tes nombreuses déviations et ton sens du jeu aiguisé. A la manière d’un Jan Koller ou d’un Emile Heskey, tu as su compensé tes imperfections techniques par une puissance athlétique hors du commun. Chaque coup de pieds arrêtés fut l’occasion d’admirer ton travail de sape à l’intérieur d’une surface de réparation où même Cédric, notre buffle maison, a plié sous l’impulsion de tes redoutables coups de fessier.

Sortie sous les applaudissements de tes compères, tu as ensuite lutté dignement pour ôter ton maillot, laissant alors entrevoir tes formes généreusement potelées. En fidèle compagnon de route, tu féliciteras tes partenaires en fin de match, preuve que ton esprit de camaraderie n’a d’égal que ton talent. La victoire 7-2 de ton équipe t’appartient à jamais.

A toi qui m’a tant fait rêver ce dimanche, j’espère que tu liras ces mots le sentiment du devoir accompli. Nous attendons impatiemment ta venue dans la cité magnyçoise où tu seras accueilli à bras ouvert. Pour ma part, je m’engage à retrouver expressément ma « grinta litteraire » et ainsi tenter d’égayer les longues soirées d’hiver de ce bon vieux Barney mais aussi et surtout celles de mes fidèles lecteurs.

Affectueusement,

Un espiègle observateur.

Lettre ouverte à Barney

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