Dimanche 9 février. Sevré de victoire depuis presque trois mois, le MFC 2 est plongé dans une crise sportive qui secoue le monde du football amateur. Enchainant les humiliantes déconvenues, les joueurs perdent peu à peu motivation et euphorie qui ont pourtant forgé la renommée de l’équipe. Motif d’espoir : ils accueillent une équipe du Perray en Yvelines 2 au bord du gouffre et dont la faillite collective ne s’estompe plus depuis le 20 octobre 2013. Une belle après-midi de football en perspective donc.

14h15. Les athlètes perrotins pénètrent au sein du chaudron magnyçois. Rieurs, ils font preuve d’une apparente bonhommie contrastant avec la froideur déconcertante du coach, visiblement au bout du rouleau. Fermant la marche de l’escouade, « José », dirigeant perrotin et spécimen rare de la nature, vient compléter un tableau haut en couleur. Arborant avec brio moustache généreuse et cheveux dynamique, l’individu assure ici un vibrant hommage à la série Magnum et son acteur vedette Tom Selleck. A mi chemin entre l’agriculteur bougon et le pervers aviné, l’ami José est sans nul doute l’attraction phare de cet avant match.

14h30. Pour la première fois de la saison, quatorze magnyçois sont inscrits sur la feuille de match. Un miracle pour une équipe contrainte de batailler vaillamment à neuf contre onze la semaine précédente. Hasard ou non, ce regain d’ambition coïncide avec l’arrivée sur le banc de l’ancien capitaine/coach, cantonné au simple rôle d’entraineur après une récente blessure . Présenté par la presse locale comme le « Special One » local, Clément « Mourinho » aura à cœur de répondre aux attentes des fans, venus en nombre pour apercevoir le baptême du feu de l’homme à la béquille frétillante.

15h00. Après un échauffement d’une rare intensité, Christian rameute les troupes pour entamer les débats. Une nouvelle fois, la dégaine de l’apprenti arbitre central dépasse toutes les pensées les plus ubuesques. Outre sa divine chevelure satiné, Cricri tente le pari osé de recouvrir son imposant parka bleu d’un minuscule chasuble rouge. Souhaité ou non, l’effet « bibendum » qui en découle est un succès vestimentaire manifeste.

15h10. Profitant des largesses défensives adverse et de la fugacité du cuir, Christopher ouvre le score sur une frappe aussi virevoltante qu’énigmatique. Il vient ici corroborer les difficultés perrotines de ce début de match. Apathiques et dénués d’ambition, les joueurs noircissent un tableau déjà peu reluisant grâce à une habileté footballistique désolante. Dans l’amnésie générale, le défenseur droit tentera même d’imiter avec brio Bacary Sagna, en réussissant à plusieurs reprises le désormais célèbre « centre tout droit finissant mollement en six mètres ». Atterrant.

15h30. Après quatre vaines tentatives, Mohammed parvient à régler la mire et doubler la marque d’une frappe tendue des 30 mètres. Impossible de ne pas y voir un clin d’œil malicieux à l’illustre Teddy Bertin. Douche froide pour les joueurs du Perray qui entame alors une hargneuse rébellion plus belliqueuse que footballistique. En tête de liste, un certain Marvin, dit « Le cerveau », coupable de cisaillement en tout genre mais aussi d’incessantes joutes verbales. Écopant d’un carton blanc, il assurera alors une sortie théâtrale en tentant illusoirement de déséquilibrer Cédric, dit « le bufle ».

15h45. Les deux équipes rentrent au vestiaire sur le score de 2-0 pour les locaux. L’heure du spleen pour José qui entame alors un « quart d’heure Guy Bedos », truffé de nostalgie et de désappointement. Harassé par la situation du club, il confie, par delà son ardente moustache, sa profonde envie d’abandonner le drapeau après vingt années de bon et loyaux services. Aigri comme pas deux, il bouclera son show par le renvoi collectif des spectateurs campés sur le banc de touche, alors en dangereuse infraction. Le zèle, toujours le zèle.

16h25. Profitant de l’attentisme de la défense magnyçoise, le Perray réduit la marque à 2-1. Furax, Christian fustige alors l’entraineur en critiquant vivement ces perpétuels remaniements tactiques. Du rififi dans l’air. Encore irrité, il s’auto-console en accordant dans la foulée un pénalty généreux en faveur du MFC. En incorruptible arbitre sans cesse posté autour du rond central, il justifie son acte en affirmant un : « J’ai tout vu » d’une rare droiture. Grandiose.

16h45. Christian met fin à un second acte insipide sur le score de 3-1 pour Magny. Une victoire méritée qui permet aux magnyçois de retrouver un brin d’ambition pour la seconde partie du championnat. Un tournant de la saison fort bien négocié synonyme d’invraisemblable bilan de 7 victoires pour 7 défaites en 14 matchs de championnat. A croire que le MFC ne fait jamais rien comme tout le monde.

 

Turnover à outrance oblige, il convient de rendre hommage à l’ensemble des acteurs présents et ainsi mettre en lumière la superbe performance collective du jour.

Matthieu : Repositionné portier de l’équipe 2 depuis sa supposée blessure, l’homme à la voix de braise est la nouvelle coqueluche des inconditionnels du MFC. A l’image d’un Pascal Olmeta de la grande époque, il n’hésite pas à élever la voix, commentant ainsi l’intégralité du match depuis son but. Un poil terre à terre, certains détracteurs comparent ainsi l’ami Chapuis à l’« idiot du village ». Style vestimentaire singulier, jeu au pied romanesque et sorties loufoques : le gamin fait le show avec une crédulité déconcertante. Qu’importe, le gardien de fortune rendra une copie quasi-parfaite à deux doigts d’un cleansheet amplement mérité. A charge de revanche.

Alexis : Déserteur la semaine passée, le retour du lunetier était très attendu par ses coéquipiers. Enguirlandé, il regrettera vite son inqualifiable comportement en acceptant même de débuter la rencontre en position d’arrière droit. Parfois friable en terme de détermination, il livre ici une performance de choix parvenant à brillamment repousser les quelques attaques adverses. Véritable roc en défense, il montrera toutefois ses limites en attaque, ne parvenant jamais à lâcher la mythique carriole accrocher à son arrière-train.

Cédric : Les matchs se suivent et se ressemblent pour l’émoustillant « Romantique Cédric ». Dur sur l’homme et jamais inquiété physiquement, « Cuistot Loriot » n’a pas dérogé à la règle en faisant une nouvelle fois fantasmer les « zoulettes » nichées au bord du terrain. Ensorcelé par la classe et le tact du garçon, elle ne feront guère attention aux moults imprécisions techniques de « la bête ». A l’honneur ce dimanche, un centre audacieux du pointu dont la trajectoire improbable finira sa course directement en sortie de but. Du « Lorax » dans le texte.

Jean-François : Bien que doyen de l’équipe à 47 ans, le capitaine du jour n’a rien à envier aux qualités athlétiques de ses jeunes coéquipiers. Pas l’ombre d’un bout de gras sur un corps aux capacités physiques impressionnantes. Ajouter à cela un niveau de football magnifié par l’excellence de sa vision du jeu, vous obtenez un vétéran loin de décrocher les crampons. A noter que la quasi perfection du brave homme suscite déjà la polémique dans les canards locaux où le beau Jeff est ouvertement suspecté d’utiliser des produits dopants. Jalousie quand tu nous tiens.

Mathieu: Une randonnée de plus pour notre papy Krol qui formait ici avec Jeff une charnière centrale vielle de 77 ans. Expérience et sérénité ont donc suffit pour contrôler les éparses assauts adverses. Auteur d’une prestation pleine, il a néanmoins exécuté à la perfection sa bourde dominicale en envoyant divinement l’attaquant adverse face au goal après un contrôle défectueux. Plus de peur que de mal sur cette action de but : la force tranquille a encore triomphé.

Gilles : Dernier larron de la catégorie « ancêtre », le bon vieux Gillou à lui aussi largement contribué à la nette victoire du MFC. Toujours aussi habile et mordant, le remuant rase-motte à clairement la quarantaine rugissante. Cette seconde jeunesse se matérialisera d’ailleurs par une querelle avec le cérébral Marvin, toujours dans les bons coups. Réussissant à faire sortir de ses gongs son cadet de vingt ans, il rappelle à tous ces calomniateurs qu’il n’a rien perdu de sa mythique malice, résultat de dix années d’expérience en championnat du dimanche matin.

Charles : Replacé milieu défensif par le coach, le second représentant de la poissonnerie a livré une prestation sereine. Impeccable à la récupération, il s’offrira même le luxe d’une franche occasion de but après un tir repoussé par le poteau. Un chouïa émoussé en fin de période, il perdra cependant quelques ballons cruciaux aux centres du terrain. Parasité par ces quelques impairs, il laissera tomber à deux reprises ces charmantes binocles sur le sol. Mal en point visuellement, un adversaire en profitera alors pour lui assener une violente agression version petit pont. Opportuniste.

Gabriel : Et si l’équipe 2 tenait ici son nouveau petit joyau ? Pour sa première titularisation, Gab a littéralement ensoleillé une rencontre un peu terne en montrant à tous l’ensemble de son solide potentiel footballistique. Science du placement et touché de balle artistique : Il fallait être aveugle pour ne pas y voir une ode à la classe d’un Fabrice Apruzesse. Élu à l’unanimité « Charrette d’or » de ce match, il sortira exténué après vingt longues minutes de jeu, puis s’allongera immédiatement sur le banc de touche, rebaptisé pour l’occasion en lit d’hôpital. Certainement la beauté du sport.

Nico : Plus à l’aise au milieu qu’en défense, le phénix du tacle en a profité pour ratisser de nombreux ballons tout en tamponnant fièrement ses adversaires. Comme à l’accoutumée, cette emblématique méthode a merveilleusement fonctionné en irritant vigoureusement son challenger direct. Un match sérieux pour le Cyril Jeunechamp magnyçois, toutefois victime d’un effroyable petit pont en seconde mi-temps qui le laissera amorphe pendant de longues minutes.

Momo : Coqueluche de cette rencontre, le maitre à jouer de l’équipe première venait pour la première fois rendre service à la troupe réserviste. Remplissant son contrat avec une désinvolture sans pareil, il s’est sans cesse baladé au milieu du terrain en écœurant peu à peu ses rivaux grâce à une qualité technique manifeste. Petit bémol : un excès de confiance sur le troisième but où il tentera vainement une audacieuse panenka. Fort heureusement pour lui, un talentueux collègue viendra malicieusement lui sauver la mise en reprenant vigoureusement la balle repoussé par le gardien. Esprit d’équipe, force de frappe.

Krys : Habitué aux perpétuelles prise de becs pendant les matchs, la fougue du virevoltant Maugassur était aujourd’hui déterminée par le ballon rond, rien d’autre. Une prise de conscience récompensée par un but aussi étrange que chanceux. Qu’importe, l’éternel pépite magnyçoise s’est battu comme un beau diable pour amener son équipe vers la victoire. Il comptera également parmi les cinq différents arbitre assistant du match. Maniant le drapeau avec un coup de poignet d’une élégance trop rare, il fut à coup sur le plus digne représentant des hommes en noir. « Tony Chapronesque ».

Rabah : Néant.

Vincent : Premier pas dans le monde intraitable du football amateur à onze pour Vinz. En candide bizut, il s’apeure d’emblée de la taille importante d’un vrai terrain de football, craignant ainsi que son corps dodu ne puisse suivre la cadence. Rentré en seconde mi-temps, il s’étonnera lui même en réalisant des gestes peu académiques mais redoutablement efficaces. Une belle surprise pour ces nouveaux coéquipiers et ses fans venus en nombre pour admirer son charmant faciès. Un profane du football qui ne paie pas de mine mais qui reste somme toute résolument attachant. Essai validé.

Cabor : Nous ne pouvions finir autrement que par l’inconditionnelle star de l’équipe. Aux abonnés absents depuis trois mois, le sémillant Bobor était enfin prêt à casser la baraque. Mis au banc d’entrée, il fera parler sa légendaire force de caractère en démontrant aux yeux du monde son talent et sa somptuosité technique. Libre dans sa tête, comme Diego, il livre une prestation de haut rang, retrouvant même le chemin des filets d’une frappe à bout portant des 1 mètre. Provoquant l’hystérie collective de la gente féminine présente, ce but obligea le service d’ordre à rameuter la police pour contenir des groupies au bord de l’extase à la vue de l’ensorcelant crémier. Un nouveau départ pour ce héros des temps modernes : Oui, le napoléon du football est bien de retour.

Renaissance

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