Jour 46 : Samedi 17 février
« Buenos Dias, Buenos Aires »

Ce matin, pas besoin de « Gym Direct » ni de Mohamed, l’animateur « qui en a dans le calecif » de l’émission, pour éveiller notre corps et démarrer la journée « tout feu tout flamme » : « On a la frite ».

Organisés comme jamais, « ça biche à souhait » pour nous et on réussie, tout en défiant le temps avec panache, à plier bagage, rétrocéder la voiture puis embarquer sur le ferry, à l’aide d’une imperturbable discipline, singeant ainsi, à deux trois détails près, les gardes du Régiment du Kremlin.

Après une traversée sans embarras et un passage de frontière aussi fluide que la rocade de Maubeuge pendant les vacances scolaires, on débarque à Buenos Aires sous un étouffant cagnard avec pour premier objectif de dégoter un bar possédant le wi-fi, de façon à contacter notre probable future « couchsurfeuse ».

On rejoint alors le quartier « mimi tout plein » de San Telmo, qu’on confondrait aisément avec un faubourg parisien comme Montmartre, où nous apprenons avec ravissement la validation du « couchsurfing » par Eliana, 36 ans, jusqu’à mardi. Cher Monsieur Maé, « Il est là le bonheur, il est là », rassurez-vous.

Pour célébrer la nouvelle, on se paye un restaurant dans le quartier, sorte d’énorme brasserie typique totalement bondée, où les argentins viennent ripailler des viandes en tout genre pour une bagatelle. La conséquence est sans appel : on mange à s’en faire péter la sous-ventrière.

Dorénavant pleins, on reprend notre déambulation citadine pour rejoindre l’appartement d’Eliana, en passant par le vendeur de fleurs miteux du coin histoire de ne pas arriver les mains vides. Les cinq douteuses jonquilles achetées à prix d’or, on déboule vers 18h00 dans notre pied à terre où le sourire éclatant d’Eliana nous met tout de suite à l’aise.

On taille la bavette pendant deux heures en échangeant sur notre voyage et nos cultures respectives, avant qu’elle parte au restaurant avec une amie, nous laissant du même coup, seuls dans son appartement. Une petite leçon d’hospitalité prise en pleine poire, a mille lieues de « la xénophobie hexagonale ambiante », aurait affirmé héroïquement Stéphane Guillon.

On tente alors de prendre chaud à l’aide d’une piquette « tape-carafon », histoire d’être parés à notre première soirée au cœur de la capitale argentine. Puis, sur la route qui conduit à l’arrêt de bus, une totale remise en question de notre envie de guincher fait son apparition dans nos versatiles esprits, donnant une période de latence rythmée par les « comme vous voulez », « moi je m’en fous », et « les deux me vont ».

Après un remue-méninges visant à peser le pour et le contre de la situation, on rebrousse finalement chemin en se disant qu’il nous reste quatre jour pour profiter au maximum de la ville.

On met alors en place notre cocon au sein de l’appartement, Violette et Cyril sur leur tapis à même le sol et moi sur le canapé tel un calife de l’Empire Ottoman.

Comme quoi, il n’y a pas qu’au cimetière qu’on fait des concessions.

Jour 47 : Dimanche 18 février
« Des vertes et des pas mûres »

Aujourd’hui, le concept du tourisme est à l’honneur avec la visite prévue de plusieurs quartiers de Buenos Aires mais aussi grâce au début de « la guerre des entrailles » dans mon abdomen plus communément appelé « turista ».

Ordinairement, comme chaque touristes, on souhaite aller là ou il n’y en a pas, mais « que nenni » pour cette fois : on part à l’assaut de Buenos Aires en commençant par le centre ville, son obélisque, ses places immenses et son musée de l’histoire politique argentine. « Un peu de conformisme ne fait pas jamais de mal de temps à temps » se console t-on au détour d’une conversation au sein d’un restaurant « attrape-touristes » dans lequel « je laisse la main et passe mon tour », incapacité à ingurgiter une pitance oblige.

S’en suit une errance dans le secteur bobo de « La Recoleta » où les marchés artisanaux cohabitent avec les centres culturels branchés, donnant une atmosphère « gauche caviar » dans laquelle Jack Lang se fonderait à merveille.

Les rayons du soleil continuant à tambouriner vivement sur nos corps en nage, on embarque dans le métro climatisé, synonyme de léger répit avant de visiter le quartier de « Palermo », véritable musée de Street Art à ciel ouvert dont la beauté exceptionnelle ne fait aucun doute.

L’attraction de la journée est pourtant ailleurs. On part relever le défi d’aller voir un match du club de football de River Plate, dans la mythique enceinte du « Monumental » sans avoir préalablement réservé de tickets. « On ose tout, et c’est même à cela qu’on nous reconnaît », parait-il.

Après un éreintant trajet « casse-pattes », on se retrouve aux abords d’un stade qui grouille de supporters, à 90% vêtu du maillot de leur club fétiche (source TNS SoPresque). Apprenant vite que la rencontre se joue à guichets fermés, l’idée de s’abouler comme des fleurs est rapidement classer dans la catégorie « rêveries des idiots du village ».

On se fait alors alpaguer par une vendeuse à la sauvette, sosie de la Mama Fratelli des Goonies grâce à son appétissant look mêlant le pilier de rugby anglais et la chaleur humaine d’un militaire birman, qui nous propose avec insistance des places, qui passent, en l’espace de deux minutes de soixante euros à une trentaine d’euros. Le krach du cours du ticket conjugué à la déferlante des minutes sur le cadran nous amène à accepter l’offre après un long moment de perplexité, admirablement pondéré par notre bovine en jogging.

Trois barrages de polices et de stadiers contrôlant nos billets passés sans encombres et nous voilà frissonnant d’excitation, au pied d’un stade prêt à exploser de ferveur. Mais le dernier portique de sécurité dézingue notre frénésie, les gardiens du temple nous refusant l’accès à cause de nos billets factices. De là à dire qu’on s’est fait berné comme des lapins de six semaines … il n’y a qu’un pas, que l’on franchit sans peine en rebroussant chemin, tout penauds et abattus par cet ascenseur émotionnel aussi efficace que la Tour de la Terreur de DisneyLand.

Souhaitant dompter le sentiment de fiasco total, on rejoint « Palermo » après un nouveau périple d’une heure à pied, où l’on siffle trois pintes salutaires en une heure de temps qui nous font peu à peu relativiser sur l’affaire dite des «pigeons candides».

Rendez-vous ensuite avec Gabriella, argentine rencontrée durant le carnaval de Tilcara que l’on rejoint dans un bar de la ville pour refaire le monde dans la langue de Molière, notre charmante amie du soir ayant vécue trois ans avec un gaulois. Un moment extra « qui fait crac-boum-hue » divinisé par ses mots d’argot français proférés avec l’accent espagnol, aussi bluffant qu’incroyablement séduisant. Mention spéciale aux expressions « à l’arrache » et « se faire bananer », qui valent assurément leur pesant d’or avec une intonation hispanique.

Une entrevue qui a le mérite de raviver notre flamme intérieure, matérialisée par notre entrée dans une discothèque branchée, authentique eldorado de « la pouf à talons » et du « latino bien peigné ». Pas apprêtés pour un radis, on fait les zouaves en se trémoussant n’importe comment devant une foule pas franchement réceptive à notre mode de divertissement.

On ressort ronds comme des queues de pelles vers 4h00 : fin d’une journée à rebondissement et de la récréation du soir, sifflée avec fermeté par Violette, l’argument béton de la non-productivité post murge en tête de gondole du magasin de la sagesse.

Jour 48 : Lundi 19 février
« Ca fait boom-boom dans les oreilles »

Si « le lion ne s’associe pas avec le cafard », il en va de même pour une gueule de bois pouvant intéresser un sculpteur combinée à une turista à son paroxysme. On l’aura compris, c’est pas franchement « la fête du slip » pour moi ce matin.

Le reste de la troupe n’est pas en reste, condamné à traînasser sans but avec la margoulette enfarinée tout au long d’une interminable matinée, d’un rendement final avoisinant le néant. Un côté « cimetière d’épaves » qui nous mène prestement jusqu’au milieu de l’après-midi où l’on décide enfin de « se remuer les miches », partant alors vers 15h00 en direction du quartier de « La Boca ».

Foutoir intestinal et désordre urbain retardent l’arrivée à bon port de deux heures, après quoi nous pénétrons dans un authentique et insolite « village dans une ville », tiraillé entre la ferveur touristique de la rue « Caminito » et la misère populaire des alentours.

Le charme de « La Boca » réside essentiellement sur la présence de maisons peinturlurées de couleurs vives donnant une atmosphère chaleureuse et unique à un lieu dont la pauvreté palpable ne tarde pas à nous mettre tout trois mal à l’aise, un peu comme se pavaner au volant d’une Lamborghini au salon de la Citroën 2CV.

Changement d’ambiance par la suite avec un retour dans le quartier de « San Telmo » déjà entraperçu samedi où le mot « chiner » semble avoir été inventé. Les Bazars et marchés couverts regorgent ainsi de moult vieilleries que l’on découvre en s’égarant volontiers dans ce faubourg « bobesque » faisant la part belle aux ruelles pavés. « Par certains cotés j’imagine », comme Renaud, qu’on fait « aussi partie du lot ».

La vadrouille terminée, on rejoint Eliana, notre super « couchsurfeuse », pour assister à un concert dans un centre culturel qui respire l’ambiance des soirées étudiantes parisiennes du jeudi soir, savamment moulée avec la ferveur qui caractérise tout argentin normalement constitué. Ici, on a pas « oublié de vivre » cher Johnny.

On s’occupe d’Eliana, unijambiste de naissance, comme des petits chefs, poussant son fauteuil roulant jusqu’à la scène et au milieu d’une foule, en transe devant une dizaine de musiciens tapant sur des percussions en suivant des chefs d’orchestres qui se succèdent tour à tour dans une totale improvisation.

Un impressionnant récital qui continue sur le trottoir d’en face , une fois le concert terminé, faisant définitivement oublier à la plèbe que nous sommes un banal lundi de février et que la musique ne se vend pas, mais se partage.

Un régal auditif et festif que l’on quitte vers 23 heures pour vivre un moment encore plus privilégié avec notre fantastique et délirante hôte argentine au détour d’un verre et d’un repas gargantuesque. Le dernier épisode nocturne de notre chapitre Eliana, que nous quitterons demain matin non sans une pointe de « tristitude » à la mode Oldedaf, un peu comme « quand ton voisin t’annonce qu’il se met au saxo ».

Jour 49 : Mardi 20 Février
« Le thème c’est Art de Rue »

« Aurore gourmande » décrétée par Eliana, qui nous offre gentiment sa tournée de « medialunas », sorte de croissants typiquement argentin, nappés d’un sirop à base de miel, de vanille et d’eau, donnant une brillance semblable aux pommes Granny lustrées par l’épicier du coin et une dose de sucre pas loin d’égaler la pâtisserie arabe. Moyennasse.

On laisse quelques provisions et des mots de remerciements sur le tableau noir de la cuisine avant de quitter l’appartement vers midi, le cœur un peu serré certes, mais gardant tout de même en mémoire sa fâcheuse addiction pour la chanteuse Zaz, d’ailleurs incompréhensiblement célèbre dans tout le pays.

Direction « Palermo » pour aller poser nos affaires dans ce qui sera mon ultime auberge de jeunesse du voyage synonyme d’expiration de ma collaboration avec les lits superposés des dortoirs et les latrines collectives dont le sex appeal incontestable me manquera certainement une fois mon habitat bourgeois regagné.

On part ensuite en vadrouille citadine à la découverte des parcs floraux de la ville avant de participer dans l’après-midi à un « Graffiti Tour » grâce à un guide qui nous emmène contempler les arts muraux qui tapissent les murs du « barrio de Palermo ». Résultat : Graffitis, fresques, mosaïques sont tout bonnement un régal pour les mirettes.

Une béatitude regrettablement contrebalancée par des explications en anglais, indéchiffrables pour Violette et Cyril, ayant boudé l’enseignement de la langue bien trop précocement, corroborant ainsi la légende du français « nulos » en idiome étranger.

Un peu las et assoiffés, la fin de la visite se transforme en long chemin de croix, avec la recherche prolongée d’un distributeur de billets pour pouvoir rémunérer le guide, qui nous explique alors la difficulté croissante de trouver du liquide à Buenos Aires.

Petit point « BFM Banqueroute » : Les crises financières étant récurrentes et la défiance envers les banques plus que jamais d’actualité, beaucoup d’argentins préfèrent retirer leur paye ou pension en liquide, provoquant une pénurie de billets dans un pays encore peu bancarisé et sujette à une inflation faisant constamment les montagnes russes.

Une ruée vers l’or finalement infructueuse laissant alors « l’incollable du graffiti » seul dans sa panade, obligé de s’asseoir sur une partie de son gagne pain quotidien à cause d’un trio de franchouillards aussi prévoyant qu’un groupe de mâles en ruts préparant leurs premières vacances d’été.

« Dernière séance » avant que ne tombe « le rideau sur l’écran ». Pas aussi poignant qu’une envolée lyrique de Monsieur Eddy mais une petite pointe d’amertume palpable pour entamer cette soirée faisant office de bouquet final de notre périple à trois.

Un débriefing « quatre étoiles » du voyage, qui a de notre propre avis, « tutoyé les sommets de la perfection », réalisé au sein d’un petit bar à bières artisanales, comme pour boucler une boucle entamée autour d’une cervoise en pleine Patagonie il y a maintenant 48 jours.

Moment alors choisi pour actionner le bouton « stratégie du désespoir » (appelée aussi « tactique du fourvoiement » par les plus grands psychanalystes) placé au sein de ma caboche, consistant à balayer de mon esprit le cas avéré de mon départ, qui n’est plus maintenant qu’une question d’heure.

Jour 50: Mercredi 21 février
« Dia Pena »

« Toc Toc Toc » « Qui est là ? » « C’est le Jour-J » Ah c’est toi … entre alors si je n’ai pas le choix ». Comme on dit dans le jargon « je l’avais pas vu venir celui là », tellement ces 50 jours sont passés à la vitesse de l’antilope d’Amérique. De là à demander le ralenti à Jean Jacques Amsellem…

La fin est proche mais on se démonte pas pour finir joyeusement notre aventure au détour d’un copieux petit déjeuner que l’on ose nommé « Brunch », dans une faiblesse d’esprit que l’on mettra sur le compte du désarroi général dû à mon départ. Fastoche mais habile.

Sentant peu à peu monter l’appréhension des adieux du bas ventre jusqu’au cœur, je feins la zénitude et l’assurance devant mes deux compagnons, avec un taux de crédibilité similaire au jeu d’acteur de Clovis Cornillac dans Brice de Nice.

Au final, je quitte l’auberge en taxi vers midi avec un « au revoir » sonnant plus comme un « à tout à l’heure », un peu comme si j’allais vagabonder un ou deux jours puis revenir au bercail « pépouze ». « Le déni de l’évidence est parfois si évident ».

En route, le chauffeur me change peu à peu les idées en dépeignant la crise politique que traverse le pays, au cours d’un filandreux monologue oscillant entre l’activisme d’un Fidel Castro et l’analyse économique fiévreuse d’un Francois Lenglet. Une situation décrite plutôt alarmante qui arrive à point nommé pour relativiser ma « complainte du voyageur occidental» et repenser positivement à tout le bien qu’a pu m’apporter ce voyage.

Malgré mon passif malheureux avec l’ensemble de la sphère aéronautique, la suite des événements se passe sans incident notoire, embarquant dans l’avion pour 13 heures de vol qui paraissent maintenant « une broutille de chez Colette » pour moi, après tous les trajets de bus démesurés entrepris.

Tout est relatif, comme la propension ou non de chacun à digérer le décalage horaire, pas exactement ma tasse de maté à la vue de ma tronche « Bjorkienne » pendant l’escale de deux heures à Madrid après 11 heures de voyage.

Un épuisement qui touche également mes neurones, perdant le sens commun en végétant comme une vulgaire loque dans l’aéroport alors même que l’embarquement s’organise, pour finalement supplier les hôtesses de ré ouvrir les portes après avoir pris enfin conscience de l’alarmante situation. Jamais d’évidence, que du rocambolesque, pour un dénouement toujours heureux : tel est mon crédo.

J’atterris vers midi sur le sol français où la grisaille et les 2 degrés affichés sur le thermomètre m’accueillent gentiment, moi, mon short, mes tongs, ma barbe fournie, mon sac à dos et mes histoires folles vécus « que je ne serais conter avec justesse » me dis-je.

A moins que …

 

Épilogue

L’histoire du gars qui a réalisé son rêve en faisant un voyage à l’autre bout du monde, parti pour s’évader mentalement, relève d’un cliché dont je me serais bien passé. Mais c’est une vérité que je ne peux nier. J’ai profité de chaque moment avec passion sans réfléchir à ma vie de tous les jours pour une cavale mentale que je n’oublierai jamais.

J’ai appris que voyager est finalement à la portée de tous , que les voyageurs ne sont pas tous à mettre sur un piédestal, loin de là, qu’il n’y a pas qu’un seul modèle de vie et que chacun est libre de dessiner les contours de sa vie comme il l’entend, loin des pressions sociales souvent pesantes dans nos sociétés occidentales. « Grandir par le voyage » c’est aussi réaliser la chance qu’on a d’avoir le choix de simplement Vivre.

Merci à Violette et Cyril de m’avoir permis de partager ce voyage avec eux et de m’avoir supporté pendant cinquante jours.

Merci à tous ces gens rencontrés « sur la route ».

Merci à mon frère qui a eu la bonne idée de m’offrir un carnet de voyage.

Et surtout merci à Faudel et son hit« Je veux vivre » sans qui rien n’aurait été possible.

« Vivir, 50 jours de cavale mentale » : Episode 10

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