Jour 5 : Dimanche 7 janvier
« Quand l’auto-stop va, tout va ! »

La sonnerie retentit, la récréation est finie : pour se targuer de bourlinguer, il faudrait peut être prendre la route un jour où l’autre messieurs, dames. On boucle notre packetage en fin de matinée destination El Chaltén, qui est « juste la partie du parc naturel des glaciers à ne pas manquer et où les amateurs de spots paradisiaques et de treks en tout genre sont comblés »*.

Il faut faire 213km pour arriver à bon port et nous décidons de tenter le stop à trois, armés d’une humeur décapante bien nécessaire pour ce genre de défi. Au bout de deux heures, un couple finit par s’arrêter. Indéniablement, la beauté fatale de Sharon et la bonne humeur communicatrice de Juan ravivent une flamme un poil consumée après l’attente en plein vent. Ils nous déposent 50km plus loin à un carrefour bien plus stratégique où dorénavant une seule route mène à El Chalten, rebaptisé par les bilingues « Ass Bag city ».

On commence à y croire sérieusement et tous les moyens sont bons pour arriver à nos fins : créations de chorégraphies, sourires enjôleurs et élaboration d’un bouquet de fleurs à destination des heureux élus. Un couple de touriste d’allemand se laisse alors séduire par le combo « danse du pick-up + bouquet de pâquerettes », devenu depuis un marronnier dans la sphère de l’auto-stop. On arrive à bon port une heure trente plus tard en remerciant chaleureusement nos conducteurs qui décident curieusement de conserver précieusement « le tas de fleurs » qu’on osa appeler bouquet.

Maintenant en fin de route, on a l’impression d’être au bout du monde dans un petit village entouré de montagnes splendides et peu communes, comme trois plantes déracinées mais encore pleines d’ardeurs. Malgré le temps rappelant mes origines normandes, nous tentons le camping où l’activité « montage de tente sous la pluie et les bourrasques incessantes » est un véritable régal.

Pour se réchauffer et festoyer de la réussite du jour, on part boire des canons dans un bar trois heures durant, appâtés par le prix des pintes de bières artisanales et envoûtés par notre discussion endiablée sur mon ancien travail. Saouls, nous ressortons la nuit tombée pour aller faire notre popote dans la cuisine du camping dont l’insipidité n’aura d’égal que « les pâtes sauce tomate » absorbées « bon an, mal an ».

* citation tirée du débat conférence tenu à Buenos Aires en 2016 intitulé « Est-on obligé de parler comme un connard lorsqu’on voyage en sac à dos ? », organisé par l’association « Les aigris du globe ».

Jour 6 : Lundi 8 janvier
«Ouverts aux quatre vents»

Dormir dans une machine à laver en marche n’a jamais été chose aisée. Cette nuit en fut « la preuve par trois » dixit le Saian Supa Crew, tant la crainte de la prise de poudre d’escampette de nos tentes respectives a atteint son paroxysme.

Après cette petite nuit tourmentée, on prend le café au chaud dans une petite « boulangerie » qui en porte juste le nom, en entamant les tractations sur le programme du jour. On part en balade le matin au « belvédère des condors » qui porte lui très bien son nom. De gracieux rapaces à peine escagassés par un vent furibond que nous peinons, pour notre part, à contrôler. De quoi expérimenter avec embarras la technique de la marche à reculons.

Vu le relatif fiasco de la démarche, nous partons l’après-midi vers une cascade que l’on atteint après une randonnée en sous-bois et à l’abri du blizzard. Deux heures à crapahuter au cœur de fabuleux paysages un brin éclipsés par le labourage de méninges nécessaire au sujet des « tubes » de la chanteuse Cascada.

De retour dans le village, on profite des « heures joyeuses » dans un bar pour discuter avec passion de la suite de notre voyage. Un débat animé avec points de vue et sensibilités divergents donnant lieu à une savoureuse tambouille mêlant susceptibilité, franchise sans faille et ivresse. Apogée de la discussion de trois heures, la palabre explosive de Violette : « Je viens pas en Patagonie pour faire des blagues et des jeux », qui servira à Cyril et moi même d’élément majeur pour de balourdes et quotidiennes railleries.

Le conciliabule est en tous les cas remis à plus tard, faute d’absence d’eau minérale dans le jaja ainsi que dans le foie. Nous répondons donc par l’affirmative à l’appel du lit, les trois pintes nous ayant séchés aussi vite que le vent.

Jour 7 : Mardi 9 janvier
« Plaisir de Roy »

Humeur joviale, vagabonde et « du soleil comme s’il en pleuvait » en ce mardi matin. « La voix des sages » nous conseille de profiter de l’offrande climatique pour accomplir la randonnée la plus prisée du coin nommée « Las lagunas de los tres » offrant un superbe point de vue sur le Mont Fitz Roy situé à 3400 mètres d’altitude.

Huit heures de marche aller-retour « destination ailleurs » à la rencontre de paysages incroyables d’une rare variété : forêts luxuriantes, rivières et cours d’eau apaisants, lacs aux couleurs divines, montagnes éternellement enneigées, et monstrueux glaciers. « Merci dame nature » et « aux arbres citoyens » diront les plus engagés.

Un sentiment d’illusion éveillée homologué en haut de l’ascension, avec le spectaculaire Fitz Roy offert sur un plateau, agrémenté de trois lacs et d’une vallée rappelant la mythique « terre du milieu» du Seigneur des Anneaux. « Mon eldorado » en somme, dans lequel on déambule trois bonnes heures durant, sans se faire prier.

Puis quand « Foyalé », faut y aller et rien de tel qu’une petite bière dans un charmant pub du village pour débriefer sur cette journée inoubliable. De là à se trémousser sur une « Saga Africa » .. il n’y a alors plus qu’un négligeable pas !

Jour 8 : Mercredi 10 janvier
« La marche des empereurs »

« Vous attaquez le sol avec votre talon, vous déroulez le pied et vous poussez avec la pointe » Bref, « On marche quoi ! ». De vrais petits « randonneurs » ont éclos. Après la bonne balade d’hier, nous remettons le bleu de chauffe direction le « Lago Torre », trekking d’environ six heures.

L’habitude aux bonnes choses est bien la plus dangereuse et on ferait presque les fines bouches devant ce décor moins impressionnant qu’hier mais tout aussi magnifique. La phase corniaud terminée, on se rend vite compte qu’on est encore loin d’être lassés par ce que peut nous offrir la nature dans ces contrées.

Au sommet, on reste au bord du lac pour ripailler et faire des jeux avant d’entamer le débat du jour sur les relations paternelles dans nos familles respectives. Jouer, Débattre et Manger, triptyque gagnant à coup sur, tel un Général du Pommeau sur l’hippodrome de Vincennes, déferré des quatre pieds avec un Jean-Michel Bazire des familles au sulky.

Retour au bercail avec l’inévitable « bière d’après rando ». On termine la journée dans la cuisine du camping où l’on rencontre d’autres baroudeurs jamais avares de bons conseils pour « bien voyager ». Mention spéciale au défenseur exacerbé de la spiruline, dont l’arrogance et le dédain légitimerait à coup sur un meurtre avec préméditation devant une cours d’assise. Une belle leçon de vie avant de reprendre la route vers le sud du pays dès demain matin et d’exécuter une nouvelle « TentaStop ».

« Vivir, 50 jours de cavale mentale » : Episode 2

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