Jour 16 : Jeudi 18 janvier
« Les camionneurs »

Au bout de l’épisode bout du monde nous sommes : comblés et conscients d’avoir vécu un perpétuel moment « nutella ».

Dans la catégorie extravagance, la mission du jour tient également une place de choix, puisqu’elle consiste à parcourir 650km en stop sur un itinéraire comprenant une traversée de frontière et un franchissement de détroit. Pas gagné d’avance, mais notre force d’auto-persuasion et notre obstination aussi imprudente que jouissive nous pousse vers un optimisme sans faille rappelant celui d’Aimé Jacquet avant le début de la coupe du monde 98.

Déposés en dehors de la ville par un chauffeur de bus, on patiente seulement 10 minutes avant qu’une première voiture ne s’arrête pour nous emmener à Rio Grande, soit 150 km plus loin. Un trajet marqué par la cavale du conducteur après un « Pipi-break », parti subrepticement faire « un tour » avec nos sacs dans la voiture. « Instant pétoches » surtout pour Violette, qui vivra le retour du voiturier au bout de vingt minutes, avec une joie comparable à celle du jour de la naissance de sa nièce.

Déposés en plein centre ville de Rio Grande, un petit gars sympa nous amène à un croisement plus stratégique pour finalement être pris une heure plus tard par un chauffeur poids lourd argentin qui vaut clairement son pesant d’arachides. Mani nous accueille en chaussettes dans son antre, qu’il astique assidûment et méticuleusement toutes les quinze minutes, nous racontant en parallèle sa vie dans un espagnol indéchiffrable, mastication de feuilles de coca et accent étourdissant oblige. Devenu notre partenaire de voyage nous voilà jonchés sur ce qui est d’ordinaire sa couche, passant avec lui la frontière et le détroit à bord du camion, pour un moment aussi inoubliable qu’improbable.

Nous ayant enlevé une belle épine du pied, Mani nous dépose à seulement 150km du but ultime aux alentours de 19h, sur l’unique route menant désormais à Punta Arenas. Réfugiés dans un arrêt de bus accueillant et abrité, on se dit que celui ci pourrait nous servir d’habitat pour ce soir en cas de coup dur, tout en continuant à lever des pouces dans des conditions venteuses dantesques.

Un chauffeur aussi balourd que son semi-remorque nous sauve alors la mise et nous atteignons enfin l’objectif à 22h, dans une localité inconnue où il va falloir dorénavant dépister un logis. Obstruction des yeux concernant propreté et justesse du lieu, un grand dortoir infâme et surpeuplé fera bien l’affaire pour la nuit : jouer les camionneurs en auto-stop c’est chouette, mais ça éreinte.

Jour 17 : Vendredi 19 janvier
« Dia Violetta »

Les clairons sonnent et le cœur de la ville s’arrête de respirer le temps d’une journée : nous célébrons aujourd’hui les 26 ans de Violette, que l’on renommera affectueusement « Princess » 24 heures durant, pour l’occasion.

Frénétiques à l’idée d’apercevoir des pingouins, on décide de rechercher activement une excursion sur « l’île Magdalena » qui abrite une colonie impressionnante d’animaux marins en tout genre. Un coup d’épée dans l’eau puisque tous les départs de bateaux seront annulés peu après l’entame des investigations, à cause du vent. Une mini faillite accentuée par la visite d’une ville aussi chaleureuse qu’un sourire de Valérie Pécresse et par un musée aussi captivant qu’un énième film avec Kad Merad.

Le cafard arrivant clairement à grand pas, on se réfugie alors derrière nos valeurs sûres en siégeant durant trois heures sur les assises d’un troquet pour débattre passionnément sur le sens du voyage et les voyageurs en général. Une fois mis d’accord sur la perfection et la singularité de notre mode de pèlerinage, on décampe de notre chaise dans un cirage certain pour aller acheter de quoi se sustenter et véritablement entamer la soirée.

La suite de la nuit est un récital épique rappelant l’ivresse des soirs d’été entre amis fraîchement diplômés du baccalauréat. Acteur principal de la super production, Cyril casse la baraque en endossant le rôle de l’adolescent aussi surexcité que beurré comme un coing.

D’abord dans un karaoké en mimant burlesquement des sports dansant en plein milieu d’une foule acquise à sa cause, puis dans une discothèque latino en se faisant ami-ami avec un étrange individu, à mi chemin entre le chilien gay et l’apprenti mafieux, avec qui il passera le restant de la soirée. Un spectacle à la hauteur de l’ambiance frénétique de la boite de laquelle nous sortirons au petit matin un brin chancelant pour les uns et dans un vide interstellaire pour d’autres.

Jour 18 : Samedi 20 janvier
« Transit »

Que la nuit fut éphémère et problématique pour l’ami Cyril contraint de dégurgiter au petit matin les excès de la veille. Une bonne gueule de bois qui ne décharge pas la brouette de Violette et moi même, clairement aux fraises une bonne partie de la journée, finalement passée à errer comme des zombies au sein l’auberge. Notre coté « Cramberries » certainement.

On reprend peu a peu du poil de la bête pour filocher à l’aéroport prendre un avion pour Santiago, escale avant de rejoindre Calama au nord du chili. En chemin, on se délecte de la découverte culinaire du jour : le « completo », sorte de hot-dog à la mode chilienne, purée d’avocat, sauce tomate et choucroute en plus. Un cadeau pour les papilles et les entrailles déjà bien mises à mal par les frasques éthyliques de la veille.

S’en suit une nécessaire sieste au sein du planeur qui atterrit aux alentours de 23h00, soit le début d’une nuit idyllique dans l’aéroport de Santiago, notre vol pour Calama ne décollant qu’à 6h00 demain matin.

En bref, une journée productive à souhait équivalent à un dimanche de déliquescence sur un canapé, ayant pour seul mérite d’accoucher sur l’économie d’un logement pour la nuit. Maigre bilan.

Jour 19 : Dimanche 21 janvier
« DésertLand »

L’aéroport de Santiago s’est transformé en immense camp de romanichelle que nous ne tardons pas à rejoindre, après une étude millimétrée pour trouver le « spot » parfait.

La base du campement de fortune est établie entre une machine a café et un escalier où nous entamons une immense nuit de quatre heures avachis sur un sol « solide comme un roc ». « Boostés à bloc » et « tous tel un bloc », on tombe dans les bras de Morphée en se disant que le Georges V à coté de ce luxe est une bagatelle.

Après cette jouissive nuit, on dépose nos bagages pour la soute aux environs de 4h30 du matin, dans un état troublant mêlant léthargie et extrême désorientation. L’avion se transforme ensuite en « espace à roupillons », l’intégralité des passagers décidant de faire l’impasse sur l’époustouflant panorama de la cordillère des Andes.

Calama n’étant qu’un point de passage, on prend le bus dès notre arrivée au terminal pour rallier San Pedro de Atacama, ressentant déjà le changement d’ambiance, désert aride immense et chaleur caniculaire oblige.

« J’annonce : Coup de pied latéral, en pleine face »: 35 degrés Celsius, pas une pointe de bise, une altitude de 2500m, et un village perdu en plein désert combinant l’architecture du village berbère et la folie touristique de DisneyLand. De quoi perturber un brin.

Encore pantois de cette fureur citadine en plein désert, on trouve une auberge à l’abri du vacarme, au confort et à l’hygiène irréprochable. Du pain béni pour nous autres, devenus si peu tatillons sur le choix de nos lieux de refuges.

Installés, on part louer des vélos pour vagabonder comme bon nous semble dans la « vallée de la muerte », sorte d’immense canyon désertique dans lequel les fans de « Star Wars » se verraient volontiers au volant d’un module, tant la ressemblance avec la planète Tatooine est criante.

Majestueux et abordables pour les frêles gambettes, la ballade nous coupe tout de même la chique et assomme définitivement nos corps dorénavant lessivés, n’attendant plus que le feu vert pour s’effondrer sur une douillette paillasse.

Jour 20 : Lundi 22 janvier
« Hijos de la luna »

Après une nuit proche de l’hibernation, rien de tel qu’une rencontre fortuite pour rallumer la flamme
et se rappeler au combien le voyage est saupoudré de petits copeaux de plaisir.

Les trouvailles du jour se nomment Flora et Steven, nouveaux colocataires de chambre repoussant à mesure des conversations les limites de la caricature du « Mochilero » au large sac à dos. De bon matin et sans avertissement préalable, difficile pour nous de se laisser pousser les ailes pour atteindre un taux record de bourdon en seulement une heure de temps au rythme de bombes incessantes telles que : « Nan mais vous avez quel âge les gars pour pas savoir utiliser Snap? », « 2 mois en Bolivie ?? Nan mais vous avez fait quoi sérieux ?», « Attends mais y’a pas de wi-fi ici ? », « Tu peux screenshooter le code s’il te plait ? ». Un « Floralège » sempiternel nous laissant d’abord sans voix puis accélérant par la suite notre exode à bicyclette pour la « vallée de la Luna ».

Malgré les recommandations contraires unanimes, on part « tâtonner du guidon » sous 36 degrés pour une quinzaine de kilomètres à travers une vallée qui offre un somptueux ballet à coup de gigantesques dunes, de saisissants canyons, d’immenses étendues de sel et même de mignonnettes cavernes naturelles. Clou de la ballade, on se restaure en haut du plus beau panorama du coin, avec vue à 360 degrés et sans aucune autre présence humaine. De quoi déclencher une nouvelle alerte « panard maximal ».

Rentrés en fin d’après-midi, on part arroser la journée dans un bar de San Pedro qui comme la majorité des enseignes, refuse de servir à boire sans commande de nourriture à cause des dangers liés à l’altitude. Et comme « celui qui a honte de manger a honte de vivre », nous exécutons les paroles de l’inégalable Jean-Pierre Coffe pied au plancher, avant de retourner dans notre auberge pour s’endormir comme des pierres.

Jour 21 : Mardi 23 janvier
« Tara-rement vu ça »

Départ aux aurores pour une excursion jusqu’au « Salar de Tara », unique virée du coin au raisonnable rapport qualité/prix, comparable au menu du midi entrée/plat/dessert à 12 euros du routier de la nationale 12 « Chez Dédé ».

« Dani » guide farceur au look chicano passe nous prendre vers 7h00 au volant d’un van à quatre roues motrices que l’on partage avec dix autres touristes, formant alors un casting aussi délicieux qu’improbable. Dans l’armada du jour, on retrouve un couple de belge à la jacasserie facile, aux antipodes d’un couple de chilien taciturne, deux brésiliens dont l’un se mue rapidement en garde du corps du guide, deux danseurs classiques new-yorkais clairement de l’immeuble d’en face, un extravagant photographe espagnol cinquantenaire au look d’aventurier des cités perdus, et enfin un géant hollandais à l’allure jésuite, peu recommandable pour une activité baby-sitting.

La fine équipe au complet, on s’aventure sur des chemins de traverse, Dani stoppant le véhicule à moult reprises pour admirer volcans, lagunes et désert de roches laissant sur le derrière tous les membres de la troupe avant la véritable apothéose : Le « salar de tara ».

Imaginons ici un désert de sable dans lequel se confond un désert de sel au milieu duquel se trouve une étendue d’eau possédant tout un écosystème dont de superbes flamants roses, tout cela a 4800m d’altitude et sous un ciel azur sans bavures nuageuses sublimant la palette de couleur déjà existante. En somme, une œuvre de la nature inimaginable.

A peine remis de nos émotions, on regagne la ville et revenons peu à peu à la réalité en s’occupant de planifier les quatre prochains jours marqués par la scission de notre « trouple » en deux partie, Violette et moi partant pour Uyuni et Cyril restant à quai à San Pedro de Atacama, ayant déjà fait cette expédition. « Se séparer pour mieux se retrouver » avait-on lu dans la rubrique Psy de « Marie Claire ».

« Vivir, 50 jours de cavale mentale » : Episode 4

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