Jour 1 : Mercredi 3 janvier 2018
« Voyages, Voyages »

Après une soirée débat avec mes fidèles lieutenants de la discussion enflammée, me voilà embarqué pour une ultime nuit avant de prendre l’avion en direction de Buenos Aires. Trois heures de sommeil agitées donnant lieu à un réveil énergique mêlant excitation et appréhension. Une peur de l’inconnu et du voyage s’alliant à la joie et l’impatience de rejoindre dès le lendemain mes amis Violette et Cyril, à El Calafate, au Nord Ouest de la Patagonie argentine.

Rémy, en fidèle colocataire, me charge dans sa voiture jusqu’au terminal d’Orly Ouest, le tout avec une joyeuseté débordante et un empressement presque incommodant. A bord, la première tuile du jour me rappelle d’emblée ma passion tacite de la guigne, une tempête faisant rage sur Paris et retardant de nombreux vols, dont le mien de plus d’une heure.

Arrivé sur le sol madrilène à 11h20, démarre alors une course poursuite digne d’un « Jason Bourne des familles » pour attraper mon second avion, situé qui plus est dans un terminal annexe. On assiste alors à la naissance d’un champion, pouvant faire de l’ombre à un Usain Bolt en forme Olympique et assurant la transition au terme d’une chevauchée fantastique. A bord et en nage, je me rends compte que ma science organisationnelle n’est décidément toujours pas au point, ayant pensé que le vol durait simplement 8h au lieu de 13h en vérité. « Le décalage horaire » me dit-on dans l’oreillette.

Une belle expérience humaine dans cet appareil de la compagnie Iberia qui accueille des passagers assis sur des sièges d’un confort rappelant le cinéma bobo d’art et d’essai du quartier voisin. Des passagers harassés mais difficilement en capacité de dormir, qui se retrouvent à naviguer sur les propositions cinématographiques douteuses de l’écran situé en face d’eux. J’en profite pour visionner jusqu’à plus soif des chefs d’œuvre du septième art comme « Ninja tortles 2 » ou « Valentine’s Day ».

J’atterris à 21h00 heure locale argentine. Après le passage de courtoisie aux douanes, voici le moment tant attendu du jeu des valises sur le tapis roulant. Un amusement qui au bout de trente minutes s’apparente d’avantage à une mauvaise blague, voire à un vaudeville raté, ne voyant pas mon packetage pointer le bout de son nez. Le charmant monsieur du service bagages m’explique alors gentiment que celui ci est dans une autre carlingue et qu’il arrivera par le premier avion demain matin. Devant décoller à 9h00 d’un autre aéroport, j’opte pour la seconde option : l’expédition directe à El Calafate.

Me voilà donc quasiment « à nu » pour affronter ma première nuit à l’autre bout du globe. Dans mon infortune, je rencontre un couple d’allemands et un belge qui eux aussi ont connu des déboires similaires. On partage un taxi après 1h30 d’attente pour rejoindre nos auberges respectives. Après m’être un peu perdu dans le quartier pour ajouter un peu de piment à la journée, je regagne enfin ma couche du soir vers 2h00 du matin, totalement déphasé par le manque de sommeil, le décalage horaire et les péripéties connus en 24h. Je m’endors après cette journée digne d’un remake d’ « un jour sans fin » , le bijou de Tragédie « Eternellement » hantant ma cervelle déjà bien ramollie.

Jour 2 : Jeudi 4 janvier
« Retrouvailles que vaille »

6h30 après une nuit aussi expéditive que frustrante : et si on décidait d’affronter les yeux dans les yeux l’échec qui jusque là tend à me coller aux basques ? « Ce sont les aléas du voyage* » après tout.

Je décide donc de prendre le taxi pour l’aéroport, une décision qui entérine définitivement l’éventualité d’une visite de la ville : « N’insistons pas quand on est en Bad beat » disait Patrick Bruel. J’embarque donc sur les coups de 9h à destination d’El Calafate. Début du périple patagonien sous peu et je suis clairement impatient, laissant peu à peu les inquiétudes se dissiper dans mon esprit. Il faut dire que le dose d’hier était bien chargée et que l’optique d’affronter le voyage à trois est quand même plus souple pour moi. Pour sur, il est souvent plus confortable d’être assis sur un siège possédant deux accoudoirs.

Dès mon arrivée j’active l’alerte « mirettes émerveillées » à la vue de la couleur azur du « Lago Argentino » et de ses magnifiques montagnes qui le surplombe. Un plaisir en amenant un autre, les retrouvailles avec Cyril et Violette sont actées dans la foulée. « Quel étrange songe **» de se retrouver là se dit-on.

Le souci de bagages passe alors au second plan tant la joie de se voir prédomine : débats interminables, commérages et rigolades démarrent alors sur une route de campagne pour rapidement finir sur une autoroute sans point d’arrivée. Être ici avec eux m’apaise et me fait le plus grand bien. Deux « tables » dans la journée et une balade au bord du « Lago Argentino » pour digérer l’affaire : une belle et agréable journée en attendant de revoir un jour mon sac qui doit arriver sous peu, directement à l’auberge où nous avons décidé de poser nos valises. Enfin façon de parler.

* « Globe trotteur, un vrai métier » aux éditions Carpe Diem
** « Anthony, « la belle et ses princes 2 »

Jour 3 : Vendredi 5 janvier
« La calotte »

Petit déjeuner à 7h et premier rendez-vous officiel pour moi avec le concept du pain argentin ou le choix controversé d’allier le goût d’un yahourt mamie nova coté à 1,2 sur l’échelle du cafard et la texture de la biscotte Pasquier cotée elle a 1,3.

Passé le « Boulangegate », on se dit qu’il serait dommage de passer à coté du Périto Moreno, sorte d’ovni naturel à couper le souffle. Un immense glacier sur un front de lac d’une rareté presque inracontable. Attraction phare de la région, ce serait poussé loin l’anticonformisme que de ne pas s’y rendre, un peu comme boycotter un « moules frites » sur un front de mer breton.

Le glacier se trouvant à 80km en dehors de la ville, on décide de s’y rendre en stop pour réduire les frais, l’entrée du parc des glaciers étant déjà sacrément onéreuse. Et puis comme disait Mamie Colette, « Y’a pas de petites économies ». Nous voilà partis « bille en tête et pouces levés » à l’aide d’une jolie pancarte concoctée avec soin par Cyril. Pour se détendre pendant l’attente, on invente des jeux comme celui des débuts de syllabes rappelant les plus belles heures de Pyramides. Au bout de 2h d’attente entrecoupées d’un débat sur la reconversion de « Pépita », nous faisons clairement chou blanc. Un taxi s’arrête alors, nous proposant un prix moins cher que le bus … alors « en avant les miches et roule mimine » !

Maxi, 25 ans profite du temps de trajet pour nous conter les bienfaits et méfaits de l’afflux massif des touristes en été dans une ville qui manque d’âme selon lui. Arrivés sur place, on peut clairement parler de « calotte dans la calebasse » ! Au diable le fait d’être un touriste parmi d’autres: on reste près de 2h00 devant cette merveille, se laissant même aller à des facéties poétiques «  Ce glaçon à l’aspect éclatant, ce roi perdu dans les neiges éternelles. A la fin de leur quête, ils reconnaissent que le roi glacier honora sa part du marché ». By Cyril Baudelaire. Dépaysement quand tu nous tiens.

Jour 4 : Samedi 6 janvier
« Un petit cinq à sac ? »

Le bulletin météorologique du matin annonce l’accalmie des vents contraires. Martin, le responsable de l’auberge aux bras hors norme, m’informe que mon bagage est arrivé à l’aéroport ce matin après une discussion avec une de ses connaissances. L’occasion pour moi de découvrir en chair et en os « le sms vocal », moyen de communication utilisé par les argentins, situé entre l’écriture du sms et l’appel vocal, censé être plus rapide mais certainement pas moins saugrenu.

Je possède alors une petite heure pour rendre hommage aux affaires prêtées par Cyril pendant trois jours qui semblaient pourtant être si proche d’une adoption. Puis le rendez-vous est acté : je n’ai jamais été aussi heureux de zieuter un sac de voyage, que je contemple comme Indiana Jones contemplait le Graal. Il me vient même des envies soudaines de selfie, c’est dire combien l’événement me transporte dans une dimension cosmique.

Finalement, ma joie se transfère même sur mes camarades et on décide de partir sur une journée d’une productivité à toute épreuve : jeux, bières locales et nombreux débats au cœur de l’espace camping de l’auberge sous un soleil de plomb. Peu de risque d’entrevoir une déception quelconque.

Le soir, on finit en beauté avec un barbecue préparé par « Martin les gros bras » en personne. Nous partons à la découverte de « l’ asado » argentin, véritable institution aux quatre coins du pays. Je me surprends à examiner niaisement deux heures durant, la méthode de création de braises à l’aide d’une pelle de jardin puis la constitution de trois foyers distincts suivant le type de viande à cuire.

Un bon petit « renvoi dans les 22 » pour nous autre français fantaisistes du barbecue, amenés par la suite à toucher du doigt la frénésie orgasmique lors de la dégustation de la viande. Bref : sale temps pour les « Végan ».

« Vivir, 50 jours de cavale mentale » : Episode 1

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